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Les enseignements des feuilles jaunes


Les pensées réactives

La pensée en elle-même n’est pas une ennemie de la méditation. Elle est un phénomène naturel. Elle devient un problème lorsque nous ne sommes pas conscients de la pensée en tant que simple pensée, que nous nous y accrochons et que nous lui donnons une importance non méritée.

Le corps ressent un courant d’air frais et frissonne involontairement. L’oreille entend un son et la pensée « chant d’oiseau » surgit spontanément dans l’esprit. Le frisson et la perception sont tous deux de simples réactions à des stimuli. L’un physique et l’autre mental. Dans les deux cas, l’esprit non protégé par la pleine conscience et la sagesse aura tendance à ajouter quelque chose à la réaction initiale. Dans le cas du frisson, l’ajout peut être une vague d’aversion pour l’inconfort. Dans le cas d’une perception mentale, l’ajout peut être alimenté par l’inconfort ou le plaisir mais il se manifestera généralement sous la forme d’un courant de pensée.

Dans la méditation, une première réaction de pensée telle que « oiseau qui chante » n’est pas un obstacle à la méditation, mais permettre à l’esprit de proliférer sur la base de cette pensée l’est certainement. « Chant d’oiseau → beau son → me rappelle cet oiseau sur le balcon de notre hôtel l’été dernier → quelles belles vacances c’était → Il y a eu ce jour où nous... » Le tout en un court instant.

Lâcher les distractions est une compétence importante à développer. Il est encore plus important d’apprendre à réduire le besoin de lâcher prise. Développer une conscience claire et aiguisée dans le moment présent permet aux pensées réactives initiales de passer sans laisser de trace.

Le 9 juillet 2022


L’ennui

Quelqu’un m’a récemment dit qu’elle essayait d’encourager son fils à méditer. Il se plaint que c’est ennuyeux. Elle lui dit que c’est seulement ennuyeux parce qu’il perd sa pleine conscience ; s’il persévère, l’ennui disparaîtra. Le fils n’est pas convaincu. Il n’aime pas qu’on le pousse à faire quelque chose qu’il ne veut pas faire.

En conseillant son parent, j’ai dit que, quel que soit le type de carrière que son fils poursuivra, il y aura toujours des moments où il devra faire des choses qu’il trouve inintéressantes. Si sa réaction habituelle est de s’ennuyer et de perdre toute motivation, il n’obtiendra jamais la constance dans l’effort nécessaire pour réussir. L’ennui est un état mental désagréable qui le minera toute sa vie. Je lui ai suggéré de demander à son fils s’il était prêt à accepter que l’ennui fasse partie de sa vie jusqu’au jour de sa mort. Je lui ai demandé de lui expliquer comment la méditation bouddhiste nous donne les moyens d’observer comment l’ennui survient en temps réel, comment il fait partie de la réponse de notre esprit aux situations plutôt que des situations elles-mêmes, et comment nous pouvons libérer complètement notre esprit de l’ennui.

Bref : si vous vous ennuyez, ne vous arrêtez pas. Regardez l’ennui.

Le 5 juillet 2022



La dimension universelle et impersonnelle de la pratique bouddhiste

Le bouddhisme a toujours été caractérisé par son esprit universel. Comme il ne se base pas sur la croyance en des dogmes, il n’a jamais séparé le monde en croyants et non-croyants. N’étant pas seulement concerné par les êtres humains, il se préoccupe du bien-être de tous les êtres sensibles, sans exception.

En tant que pratiquants du Dhamma qui apprenons comment lâcher prise des attachements à notre corps et à notre esprit qui nous limitent, la dimension universelle de l’existence passe à l’avant-plan.

Nos comportements égoïstes s’atténuent quand nous voyons à quel point nos idées de qui nous sommes sont peu solides. Certaines choses auxquelles nous étions aveugles deviennent visibles, certaines choses que nous prenions pour acquises sont vues sous un autre jour. Des choses qui nous semblaient banales sont vécues comme profondes, d’autres qui nous paraissaient mystérieuses semblent simplement ordinaires. Les idées de l’impersonnel et de l’universel peuvent paraître froides et peu accueillantes. Leur réalité est celle d’un retour chez soi.

Le 16 août 2022



Ouvrons nos yeux à l’impermanence et l’imprévisibilité de nos vies

C’était en mai 1984. Je contemplais les verts vifs de la campagne anglaise à l’arrière de la voiture de mes parents. Après six ans d’absence, j’étais venu leur rendre visite pour la première fois en tant que moine, et nous retournions en voiture à la maison familiale. À un moment donné, je leur ai raconté une histoire humoristique. Ils ont ri et j’ai vu les épaules serrées de mon père se détendre : « Au moins », a-t-il dit, à moitié pour lui-même, « il n’a pas perdu son sens de l’humour. » J’ai réalisé que c’était l’une de ses plus grandes craintes.

J’ai commencé à me rappeler combien j’avais fait souffrir mes parents, alors que j’étais adolescent, à cause de la longueur de mes cheveux et des vêtements que je portais. Cela semblait si ridicule maintenant, et si ironique. Je ressentis un profond remords. À ce moment-là, par une étrange synchronicité, ma mère prit la parole depuis le siège avant. Elle dit qu’elle n’avait jamais imaginé, alors que je grandissais, que nous passerions si peu de temps ensemble. Si elle l’avait su, elle n’aurait jamais gaspillé ce temps précieux à se laisser contrarier par la longueur de mes cheveux et ma façon de m’habiller. La mélancolie dans sa voix me fit monter une boule dans la gorge.

Nous partagions une sagesse rétrospective, et je savais que ce n’était pas une sagesse libératrice qui, elle, vient d’un entraînement systématique. Ce n’est qu’en ouvrant les yeux encore et encore sur l’impermanence et l’imprévisibilité de la vie que nous acquérons la sagesse qui nous permet de faire le meilleur usage possible de notre court temps ensemble dans ce monde.

Le 2 août 2022




Cet article est paru dans Sagesses Bouddhistes n°23 (Automne 2022).

Les enseignements des feuilles jaunes sont de courts textes manuscrits, traduits par un groupe de volontaires et diffusés sur les réseaux sociaux : www.ajahnjayasaro.fr


 

©Panyaprateep Foundation

Ajahn Jayasaro est ordonné bhikkhu en 1980, avec le vénérable Ajahn Chah comme précepteur. Il vit actuellement dans un ermitage au pied des montagnes de Khao Yai, non loin de Bangkok, en Thaïlande. Il est également une figure clé du mouvement visant à intégrer les principes bouddhistes de développement dans le système éducatif thaïlandais. Nombre de ses conférences sur le Dhamma sont diffusées à la radio, à la télévision et sur les médias numériques.

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