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La sagesse de l'ego

Dernière mise à jour : 1 août 2023

Comment cultiver un ego sain ?



Dans cet extrait du 13e livret du Refuge[1], Ajahn Thanissaro explique comment l’enseignement du Bouddha sur anatta, ou le non-soi, a rendu les Occidentaux très confus. En effet, beaucoup ont pensé que l’enseignement sur le « non-soi » (ou pas-soi, traduction privilégiée par Ajahn Thanissaro) répondait à une question qui a une longue histoire dans notre culture : y a-t-il un soi ou une âme ? Et beaucoup trouvèrent étrange la réponse du Bouddha. Et pour cause, en enseignant anatta, le Bouddha ne répondait pas à cette question. La question d’une âme éternelle, permanente et indépendante ou d’une âme qui n’existe pas – deux perspectives plutôt extrêmes – est une question que le Bouddha laissait explicitement de côté. Voici quelques éclaircissements.


©Thanuj Mathew

Hier soir, nous avons parlé de certaines des manières traditionnelles dont le Bouddha enseignait un sens habile du soi en lien avec le bonheur par la pratique de la générosité, de la vertu et de la méditation sur la bienveillance.

L’enseignement de ce soir aborde le développement d’un sens du soi habile sous un angle différent. Nous allons comparer ce soir certains des enseignements du Bouddha sur ce sujet avec des enseignements modernes en psychologie, qui concernent la question du fonctionnement mature de l’ego.


Quelques incompréhensions. On entend parfois dire que l’enseignement du Bouddha sur le pas-soi est un enseignement sur le non-ego. Il s’agit en réalité d’une méprise, qui a deux conséquences malheureuses. La première, c’est que pour ceux qui aiment l’idée du non-ego, cela devient une excuse pour la haine de soi et la pratique du pontage spirituel.

Voici un exemple de pontage spirituel : supposez que vous rencontrez des problèmes dans votre vie, et que vous ne voulez pas vous engager dans le difficile travail d’essayer de devenir plus mature dans vos relations avec les autres, ou de négocier les désirs conflictuels dans votre esprit. Au lieu de ça, vous allez simplement méditer, vous faites des prosternations, des récitations, et vous espérez que ces pratiques feront magiquement disparaître les problèmes dans votre vie. On appelle cela le pontage spirituel, qui est une manière malhabile de s’agripper aux habitudes et aux pratiques. Comme vous pouvez l’imaginer, ce n’est pas très sain, et pas très efficace. Les gens reviennent de retraites de méditation et ils ont toujours les mêmes problèmes qu’avant.


« Les enseignements du Bouddha contiennent en réalité tous les éléments nécessaires pour un fonctionnement sain de l’ego. »

L’autre problème qu’il y a à penser que le bouddhisme enseigne le non-ego, c’est que ceux qui comprennent les fonctions saines de l’ego croient qu’il manque dans le bouddhisme une appréciation correcte de ces fonctions. Ils pensent que les enseignements bouddhistes sont incomplets et qu’ils ont besoin de l’aide de la psychologie occidentale afin de devenir un système d’entraînement complet de l’esprit.

Les enseignements du Bouddha contiennent en réalité tous les éléments nécessaires pour un fonctionnement sain de l’ego. Même l’enseignement sur le pas-soi est traité par le Bouddha comme un type de fonctionnement sain de l’ego.


Freud et l’ego. Pour expliquer ces points, j’aimerais d’abord parler un peu de l’enseignement de Freud sur l’ego. Freud a divisé les fonctions mentales en trois catégories. La première est le ça. Les fonctions du ça sont fondamentalement vos besoins bruts et vos désirs de plaisir bruts. Il a appelé une autre fonction mentale le surmoi. Les fonctions du surmoi sont fondamentalement les idées que vous avez à propos de ce que vous devriez faire, les devoirs dont vous croyez que vous devriez les satisfaire. Ce sont habituellement des idées que vous avez reprises de la société autour de vous : vos parents, vos enseignants, vos écoles, votre église. Selon la croyance de Freud, il y aura toujours un conflit entre ces deux types de fonctions. Et si vous deviez céder totalement soit aux fonctions du ça, soit aux fonctions du surmoi, vous mourriez. Donc, afin de survivre, vous avez besoin des fonctions de l’ego qui essaient de négocier aussi bien que possible entre ces deux autres fonctions incompatibles : entre ce que vous voulez faire, et ce que vous croyez que la société ou Dieu exige de vous.


Les fonctions de l’esprit. Les enseignements du Bouddha sur les fonctions de l’esprit diffèrent de ceux de Freud de plusieurs manières. Vous devez vous souvenir que quand Freud exerçait dans l’Europe du xixe siècle, la plupart de ses patients avaient des surmoi très inamicaux parce que leur idée à propos de ce qu’ils devaient faire avait très peu à voir avec leur propre bonheur. Ces idées prenaient principalement la forme de commandements d’une société hostile ou de Dieu, et un Dieu qui était en plus très dur. Mais dans l’enseignement du Bouddha, chaque idée à propos de ce que vous « devriez » faire dépend de votre désir de bonheur. Le Bouddha n’était pas quelqu’un qui établissait simplement des règles à propos de ce que vous devriez faire ou ne pas faire. À la place de ça, il a mis des conditions à ses « vous devriez ». Il a dit que si vous voulez le bonheur véritable, c’est ce que vous avez besoin de faire, ceci reposant sur la façon dont la cause et l’effet fonctionnent. Les devoirs qu’il enseigne sont les devoirs des Quatre Nobles Vérités : comprendre la souffrance, abandonner sa cause, réaliser la cessation, et développer la voie qui conduit à cette cessation. Ce sont là des devoirs amicaux parce qu’ils ont pour but votre bonheur authentique.

Cela change la dynamique dans l’esprit. Si vous suivez la version du Bouddha du surmoi, cela ne vous tuera pas. Le résultat, c’est que le fonctionnement de l’ego selon la vision du Bouddha ne consiste pas simplement en une série de mécanismes de défense pour survivre. C’est en réalité la partie de l’esprit qui planifie la stratégie du bonheur à long terme : trouver des manières de convaincre le ça d’écouter un surmoi qui n’a pas été entraîné à être authentiquement sage. Souvenez-vous de la question que nous avons posée plus tôt au cours de la retraite : « Qu’est-ce qui, quand je le ferai, conduira au bien-être et au bonheur à long terme ? » Il s’agit de la question qui éclaire à la fois le fonctionnement du surmoi et le fonctionnement de l’ego, et qui leur permet de travailler ensemble de manière amicale.




L’ego entre le ça et le surmoi. Une autre différence entre les enseignements du Bouddha et ceux de Freud, c’est que le Bouddha voit moins de conflit inhérent entre les besoins du ça et les besoins du surmoi. Ainsi qu’il le dit, votre bonheur véritable n’est pas obligé d’être en conflit avec le bonheur véritable de la société. D’autre part, à la différence de Freud, le Bouddha ne croit pas nécessairement dans le désir brut, irrationnel. Chaque désir est accompagné de son propre raisonnement. Et bien que son raisonnement puisse être faible et défectueux, il a néanmoins pour but le bonheur. En même temps, chaque raison de l’esprit est associée à son propre désir, qui a aussi pour but le bonheur. En conséquence, il n’y a pas de distinction claire entre la raison et le désir. Et parce que chaque désir a pour but le bonheur, il y a un terrain commun où tous les désirs peuvent commencer à négocier, pour déterminer quels sont ceux qui sont plus ou moins habiles pour atteindre leur but commun.

Cela signifie que du point de vue bouddhiste, les fonctions que Freud a étiquetées comme « ça », « ego » et « surmoi » sont différentes manières de définir votre stratégie du bonheur. Chacune est un type de soi différent : le ça est un soi idiot, très imprévoyant. Le surmoi est le soi sage qui recherche le bonheur à long terme. Et l’ego est le soi négociateur qui essaie d’entraîner le ça, de le raisonner afin qu’il soit disposé à écouter le surmoi sage.


« Aux yeux du Bouddha, une des raisons pour lesquelles le bonheur authentique est authentique, c’est qu’il n’a pas besoin d’enlever quoi que ce soit à quiconque, et qu’il peut vraiment contribuer au bonheur des autres. »

Quand ces fonctions sont rassemblées de manière habile, alors – par exemple – la pratique de la générosité, de la vertu et de la méditation apporte un bonheur qui ne crée pas de limites claires entre vous et les autres. Quand vous suivez ces stratégies, tout le monde en bénéficie. Il s’agit d’un autre domaine où le Bouddha diffère de Freud, qui tend à penser que le gain d’une personne doit se faire au détriment d’une autre personne. Aux yeux du Bouddha, une des raisons pour lesquelles le bonheur authentique est authentique, c’est qu’il n’a pas besoin d’enlever quoi que ce soit à quiconque, et qu’il peut vraiment contribuer au bonheur des autres.

Voilà quelles sont les différences.


Les similitudes

En ce qui concerne les similarités, il y a cinq fonctions saines de l’ego du point de vue freudien : la répression, la sublimation, l’anticipation, l’altruisme et l’humour. En expliquant chacune d’entre elles, je montrerai aussi la manière dont le Bouddha les enseigne également.


La répression. Il y a répression quand vous vous rendez compte qu’un désir est malsain ou malhabile, et que vous apprenez à lui dire non. C’est quelque chose de différent du refoulement. Dans le refoulement, vous commencez par nier que vous éprouvez le désir. Dans la répression, vous savez que vous éprouvez le désir, mais vous apprenez simplement à dire non.

Dans les enseignements du Bouddha, ce principe est similaire à celui de la retenue. On trouve dans le Dhammapada un passage célèbre [§ 23] où le Bouddha dit que si vous voyez qu’un bonheur plus grand provient de l’abandon d’un bonheur moindre, vous devriez être disposé à abandonner le bonheur moindre afin d’obtenir le bonheur plus grand. Cela semble très simple et très terre à terre, mais ce n’est pas quelque chose de facile à pratiquer, et beaucoup de gens sont même réticents à l’idée de le pratiquer.

C’est une caractéristique humaine générale, nous voulons être heureux et conserver tous nos petit bonheurs. Ça, ce n’est pas une fonction saine de l’ego. La sagesse de la répression réside dans le fait de se rendre compte de la chose suivante : vous devez sacrifier certaines choses afin d’obtenir ce que vous voulez vraiment. Et c’est ce que le Bouddha enseigne avec la retenue. Si vous voyez que des actions sont malhabiles, vous apprenez à les éviter, en contrepartie d’un bonheur plus grand. C’est un échange. Ça, c’est la première fonction saine de l’ego.


La sublimation. C’est quand vous vous rendez compte que vous avez un désir malsain ou malhabile de bonheur, et que vous ne faites pas que le réprimer. Vous le remplacez par un moyen plus habile de trouver le bonheur. Ça, dans les enseignements du Bouddha, c’est précisément l’objet de la pratique de la concentration. Si vous pouvez apprendre à développer un sens de bien-être, de rafraîchissement et de plaisir ici-et-maintenant, même simplement en vous focalisant sur votre respiration, vous trouvez beaucoup plus facile de lâcher prise de désirs malhabiles de bonheur.


L’anticipation. C’est quand vous voyez les dangers futurs et que vous vous y préparez. Le Bouddha enseigne aussi ce principe dans son enseignement sur l’importance de la vigilance, qui est essentiellement un enseignement sur le fait que nos actions sont vraiment importantes. Dans la vie, il y a des dangers, pas seulement à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur de l’esprit. Mais vous pouvez aussi entraîner l’esprit à agir d’une manière qui évite ces dangers. Ainsi que le Bouddha le dit, un fort sens de vigilance est ce qui sous-tend tout comportement habile [§ 24]. Vous remarquerez qu’il ne dit pas que notre comportement est bon parce que nous sommes bons de par notre nature innée. Il dit que nous nous comportons bien quand nous sommes vigilants. Nous sentons les dangers de la vie, et nous faisons ce que nous pouvons pour les éviter. Ça, c’est la troisième fonction saine de l’ego.


L’altruisme. La quatrième fonction saine de l’ego du point de vue freudien est l’altruisme, qui est le fait de se rendre compte que vous ne pouvez pas seulement rechercher votre propre bonheur, mais que votre bonheur doit aussi dépendre dans une certaine mesure du bonheur des autres. Dans le bouddhisme, ce principe s’appelle la compassion.

Dans le Canon, il y a une histoire qui montre que cette qualité dérive de la vigilance. Un soir, le roi Pasenadi est seul dans sa chambre avec sa reine Mallika. Dans un moment de tendresse, le roi se tourne vers la reine et lui demande : « Y a-t-il quelqu’un que tu aimes plus que toi-même ? » Maintenant, vous savez à quoi pense le roi. Il veut que la reine dise : « Oui, Majesté, je vous aime plus que je m’aime moi-même. » Et si nous étions dans un film hollywoodien, c’est ce qu’elle dirait. Mais on n’est pas à Hollywood, on est dans le Canon pali. La reine dit : « Non. Il n’y a personne que j’aime plus que moi-même. Et qu’en est-il de vous ? Y a-t-il quelqu’un que vous aimiez plus que vous-même ? » Et le roi doit admettre : « Eh bien, non. » Fin de la scène. Le roi quitte le palais et va voir le Bouddha pour lui raconter ce qui s’est passé, et le Bouddha dit : « La reine a raison. Vous pouvez chercher dans le monde entier et vous ne trouverez jamais quelqu’un que vous aimez plus que vous-même. De la même manière, tous les autres êtres s’aiment férocement. » Mais la conclusion que le Bouddha tire de cela est intéressante. Il ne cite pas cela comme une excuse pour l’égoïsme. Au lieu de cela, il l’utilise comme une justification de la compassion. Il dit que c’est parce que tous les êtres s’aiment si férocement que, si vous voulez réellement le bonheur, vous ne devriez alors pas faire de mal aux autres, parce qu’autrement, votre bonheur ne durera pas.

Il y a deux principes derrière ce raisonnement. L’un, c’est que si votre bonheur dépend de la souffrance d’autres personnes, elles ne vont pas le tolérer. Elles essaieront de détruire votre bonheur dès qu’elles en auront l’occasion. Deuxièmement, le principe de la sympathie : si vous voyez que votre propre bonheur dépend de la souffrance d’autres personnes, au fond de votre cœur, vous ne pouvez pas réellement être heureux. Donc, ça, c’est le fondement de la compassion.


L’humour. Le Bouddha ne parle pas de façon explicite de ce sujet, mais il y a de nombreuses histoires dans le Canon qui montrent son sens de l’humour. Je vais vous en raconter deux.

La première est une histoire que le Bouddha raconte au sujet d’un moine qui obtient une vision des deva[2] pendant qu’il médite. Il leur demande : « Savez-vous où se trouve le terme de l’univers physique ? » Et les deva disent : « Non, nous ne le savons pas, mais il y a un niveau plus élevé de deva. Peut-être qu’ils le savent. » Le moine continue donc à méditer et il arrive au niveau suivant de deva. Il pose la même question, et il obtient la même réponse : « Il y a un niveau plus élevé. Peut-être qu’ils le savent. » Cela continue sur environ vingt-deux niveaux. Finalement, le dernier niveau de deva dit : « Non, nous ne connaissons pas le terme de l’univers physique, mais il y a le grand Brahma. Il doit le savoir. Si vous méditez dur, vous arriverez peut-être à le voir. » Le moine continue à méditer jusqu’à ce que le grand Brahma apparaisse dans un éclair de lumière. Il pose la question au grand Brahma et le grand Brahma lui répond : « Je suis le grand Brahma, le Créateur de tout ce qui est, le Connaisseur de tout ce qui est, le Chef de tout ce qui a été et sera. » Maintenant, si on était dans le Livre de Job, le moine dirait : « Je comprends. » Mais encore une fois, on est dans le Canon pali. Le moine dit : « Ce n’est pas ce que je vous ai demandé. Je vous ai demandé où se trouve le terme de l’univers physique. » Encore une fois, le grand Brahma dit : « Je suis le grand Brahma, etc. » Trois fois de suite. Finalement, le grand Brahma tire le moine sur le côté par le bras et lui dit : « Bon, je ne sais pas, mais il y a tous ces deva dans ma suite qui croient que je sais tout. Ils seraient très déçus s’ils apprenaient que je ne peux pas répondre à votre question. » Et il renvoie donc le moine vers le Bouddha, qui répond à la question. Cela, c’est un exemple de l’humour du Bouddha dans le Canon.


Un autre exemple concerne un moine, Sagata, qui possède de grands pouvoirs psychiques. Un jour, il se bat contre un grand serpent cracheur de feu et il est victorieux. Il finit par capturer le serpent dans son bol. Les gens entendent parler de ça et ils sont très impressionnés. Ils veulent lui faire un cadeau très spécial, et ils vont donc demander à un groupe de moines : « Qu’est-ce que les moines qui font l’aumône ne reçoivent pas en général ? » Mais ils posent leur question à un mauvais groupe de moines. Ces moines répondent : « En général, nous ne recevons pas d’alcool fort. » Le matin suivant, tous les laïcs de la ville préparent donc une boisson alcoolisée pour Sagata. Après en avoir bu dans chaque maison, il s’évanouit à la porte de la ville. Le Bouddha passe par là avec un groupe de moines, voit Sagata, et il dit aux moines de le ramasser et de le ramener au monastère. Ils l’allongent sur le sol avec la tête tournée vers le Bouddha et les pieds dans l’autre direction. Sagata ne sait pas où il est, et il commence donc à tourner dans un sens et dans l’autre, dans un sens et dans l’autre jusqu’à ce que finalement, ses pieds pointent en direction du Bouddha (ndlr : une marque traditionnelle d’irrespect). Le Bouddha demande alors aux moines : « Avant, est-ce qu’il ne faisait pas preuve de respect envers nous ? » Et les moines répondent : « Si. » « Est-ce qu’il fait preuve de respect envers nous, maintenant ? » « Non. » « Avant, est-ce qu’il n’a pas combattu un serpent cracheur de feu ? » « Si. » « Est-ce qu’il pourrait combattre une salamandre, maintenant ? » « Non. » C’est la raison pour laquelle nous avons une règle contre la consommation d’alcool.

La plupart des histoires humoristiques que l’on trouve dans le Canon proviennent du Vinaya, la partie qui explique les règles destinées aux moines, et je pense que c’est là quelque chose de très important. Cela révèle une approche très humaine de la moralité. Si vous avez un ensemble de règles qui manquent d’humour, cela peut être très oppressant. Ces règles peuvent être très difficiles à suivre tout en maintenant un respect de soi intelligent. Mais quand la moralité repose sur l’humour, cela révèle une compréhension des travers de la nature humaine, et les règles sont alors plus faciles à suivre dans la dignité. C’est la raison pour laquelle l’humour est une fonction saine de l’ego. Ceux qui peuvent rire d’eux-mêmes de bon cœur ont beaucoup plus de facilité à abandonner leurs vieilles habitudes malhabiles sans auto-récrimination. Cela rend la pratique beaucoup plus facile.

Ainsi que nous pouvons le voir, le Bouddha enseigne l’ensemble des cinq fonctions saines de l’ego. Cela signifie que nous ne pouvons pas dire qu’il enseigne le non-ego. En fait, ces cinq enseignements constituent une autre manière dont il enseigne un sens du soi sain.


Nous pouvons aussi voir que ces enseignements sur un ego sain incluent certaines des vertus de base du Bouddha – le discernement, la compassion et la pureté : le discernement dans l’anticipation, la sublimation et l’humour ; la compassion dans l’altruisme ; et la pureté dans la répression. Ces trois qualités du Bouddha – le discernement, la compassion, et la pureté – proviennent ainsi d’un fonctionnement sain de l’ego dans la poursuite intelligente du bonheur.

Même la perception du pas-soi, si nous l’appliquons correctement, constitue une fonction saine de l’ego. Souvenez-vous que nous ne sommes pas en train d’essayer de lâcher prise de notre sens du soi parce que nous le haïssons, car cela encouragerait une forme de névrose. Nous l’abandonnons parce que nous sommes parvenus à comprendre, à travers le développement de nos habiletés sur la Voie, à la fois les utilisations et les limites d’une perception saine du soi. Nous lâchons prise pour trouver un niveau plus élevé de bonheur, ce qui est tout l’objet d’un fonctionnement sain de l’ego.

[1] Livret du Refuge n° 13 - Les Soi et le Pas-Soi- L’enseignement bouddhiste sur Anatta. Les enseignements de ce livret ont été donnés dans le cadre d’une retraite de dix jours au mois de mai 2011 en Provence, à Mirabeau. La retraite avait été organisée par Le Refuge : www.refugebouddhique.com

[2] Deva : Un deva ou déva désigne à l’origine dans la religion védique une puissance agissante qui se manifeste dans les phénomènes naturels et mentaux, qui n’est ni personnelle, ni symbolique, ni surnaturelle. Dans le bouddhisme les dieux, ou deva, sont aussi des êtres dotés de conditions de vie extrêmement favorables acquises par leurs actions méritoires antérieures.



Traduit de l’anglais par Claude Le Ninan en collaboration avec Vijjakaro Bhikkhu

Cet article est paru dans Sagesses Bouddhistes n°22 (Été 2022)

 

©Philippe Judenne


Thanissaro Bhikkhu est un moine bouddhiste theravada de l’ordre Dhammayut. Il est actuellement l’abbé du monastère de la forêt de Metta (Metta Forest Monastery) dans le comté de San Diego, aux États-Unis.

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