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Le calme mental - Le B.A.-BA de la méditation

Dernière mise à jour : 28 févr.

Extrait de Rencontre avec des femmes remarquables, par Martine Batchelor, aux Éditions Sully


Pratiquer la méditation, c’est entraîner l’esprit, pour l’aider à développer les aptitudes dont il a besoin pour résoudre ses problèmes. Tout comme il existe de nombreux remèdes différents pour les maladies du corps, il existe de nombreux types de méditation différents pour les différents travers de l’esprit. Tous visent à résoudre son problème le plus fondamental : la souffrance et l’insatisfaction que l’esprit fait naître en lui à travers ses propres pensées et actions. En effet, l’esprit à la recherche du bonheur arrive toujours à s’accabler avec de la douleur mentale. Que d’efforts malavisés ! La méditation aide à dévoiler les raisons pour lesquelles l’esprit fait cela et en les dévoilant, elle nous aide à les soigner, nous ouvrant ainsi à la possibilité d’un bonheur stable et authentique. Plus ce bonheur stable prend place, plus nous avons à partager avec les autres, ce qui fait de la méditation un acte de gentillesse tant pour nous-même que pour les autres. Une bonne nouvelle, non ?

Nous vous proposons dans les pages qui suivent la richesse des approches méditatives du calme mental émanant des traditions theravada, tibétaine et zen.


 

Être assis droit et être droit

Le b.a.-ba de zazen (za : assise, zen : méditation) repose sur la discipline corporelle : on croise les jambes, les mains se touchent, le dos est tendu. Tendre le dos signifie que l’on pointe les fesses en arrière, que l’abdomen est en avant et le dos au centre. Puis on régule la respiration. Discipliner le corps et discipliner l’esprit ne sont pas deux choses différentes. La forme spirituelle est symbolisée par la forme corporelle.

Ne penchez ni à droite ni à gauche. Restez droit. Si le zazen se passe bien, on a tendance à devenir arrogant et à se sentir le roi du monde. Si les choses ne vont pas bien, on peut se décourager mais l’important est de rester centré. Soyez assis droit et restez droit dans la pratique.

La dernière étape pour développer une posture correcte est d’harmoniser la respiration avec la posture. Commencez par expirer profondément et laissez votre corps suivre l’expir. Puis inspirez lentement, pendant que vous corrigez votre posture. Quand vous expirez, vous éliminez tout le mauvais chi (énergie). Quand vous chassez l’air vicié de vos poumons, vous expulsez aussi toutes les pensées parasites et les idées fantasques.

Quand on expire, les organes se relâchent. Si on est tendu, les organes peuvent être agités et si vous êtes assis avec cette tension, vous vous sentirez mal. La posture est bonne dès que vous vous sentez libéré de toute tension.


Reflets dans un miroir

Maintenant vous respirez bien et votre corps est dans la bonne posture. Tout est équilibré, mais souvenez-vous que cet équilibre est lié au mental. Même quand tout est paisible et que l’esprit est sensible à l’harmonie, des idées apparaissent ; vous entendez des choses. Vos yeux sont sensibles au moindre changement de lumière. Ce sont les fonctions naturelles de l’esprit et vous ne devez ni les rejeter ni vous y accrocher. Ce sont comme des reflets dans un miroir.

Les pensées qui surgissent sont comme une volée de flèches. Ne vous emparez pas de la première ; ne saisissez pas et ne suivez pas les pensées qui sont comme les flèches suivantes. Si vous entendez le bruit d’une voiture, ne commencez pas à penser : « Où cet homme va-t-il si vite ? » Si une pensée émerge, ne la poursuivez pas, parce qu’à ce point, cela devient de l’attachement et de la passion.

En général, l’idée qui surgit est le maître, au sens où on peut être tenté de la suivre comme un esclave. La pratique de zazen consiste à ne pas laisser une idée vous dominer. Ne la suivez pas, laissez-la passer. Si des pensées arrivent, revenez immédiatement à votre posture. J’aime bien utiliser un symbole chrétien. Zazen est comme la croix. Le Christ sur la croix est le symbole de la mort de l’ego. Le soi meurt à lui-même et renaît dans l’universel.

Nous considérons souvent que nos idées sont magnifiques, mais elles existaient déjà il y a vingt, trente, cinquante ou peut-être cent ans. Ce qu’un être humain peut penser et comprendre est assez limité et généralement très centré sur l’ego. D’une manière générale, très peu d’idées valent la peine d’être suivies.

On s’assoit avec l’espoir que ce soi qui court après les pensées et les objets va disparaître. Pourtant des pensées égarées reviennent sans cesse. Chaque fois que nous réalisons que nous avons pris un train de pensées pour l’Angleterre ou les États-Unis, nous devons revenir à notre assise. On doit stimuler le désir d’éveil. Dès que l’on s’égare, la seule chose à faire est de revenir à notre esprit de la bodhi, notre « esprit d’éveil », et à notre assise.

Zazen devient le fondement et le processus de régulation du corps, de la respiration et de l’esprit. Ne pas poursuivre les pensées égarées, revenir toujours à ce dont il est question, juste être assis. Cela devient la base sur laquelle on cultive cette perspective, cet esprit, en l’intégrant dans sa vie intérieure.

Quand vous faites le ménage, gardez la posture et l’esprit sur le ménage. Quoi que vous fassiez, restez concentré sur ce que vous faites et revenez-y dès que vous pensez à autre chose. Votre vie entière doit devenir un lieu de pratique. Kodo Sawaki disait : « La religion, c’est la vie. » C’est la vie quotidienne (le ménage, la lessive, le travail) que la religion doit pénétrer.


Le zen des mendiants

N’essayez pas d’obtenir quelque chose dans la pratique religieuse. Bien sûr, celle-ci vous modifie, mais ce n’est qu’une conséquence, non le but recherché. Pratiquer avec l’intention de gagner quelque chose pour soi-même est le zen des mendiants.

Le caractère en japonais pour pratique est shugyo. Il y a deux manières d’écrire shu, la première avec le caractère utilisé aussi dans le mot « grande entreprise». Il comprend l’idée d’un certain travail et l’obtention d’une certaine habileté ou compétence. L’autre usage est « se consacrer à quelque chose». La religion, gyo, est « aller, faire ». C’est quelque chose que vous faites, mais sans le but de développer une certaine compétence. Ceux qui pratiquent la méditation dans l’intention d’arriver quelque part ou de gagner quelque chose pour eux-mêmes abandonnent souvent après quelques années.


Sagesse et compassion

Même si zazen est le fondement essentiel pour une vie de pratique, on peut s’égarer. Après quelques années, la personnalité est transformée, donc la pratique doit être juste. On sait qu’on est sur la Voie en écoutant un maître que l’on respecte et en lisant les écrits du Bouddha. C’est cela la sagesse.

Le monde de la sagesse est le monde de l’intellect. La compassion appartient au monde des sentiments. On ne doit pas oublier que les sentiments sont plus forts que l’intellect. On peut savoir qu’une action n’est pas bonne mais ne pas être capable de lutter contre, par exemple certains continuent de fumer tout en sachant que ce n’est pas bon pour leur santé.

La compassion inclut l’amour, mais la racine de la compassion, c’est savoir que nous souffrons tous. Le Bouddha souffrait avec tous les êtres vivants. C’est pourquoi il a compris toute notre souffrance et tous nos désirs. Si vous comprenez et approfondissez cela, l’énergie des sentiments pénétrera et stimulera votre pratique. À nouveau, cela doit aller dans la bonne direction, ce qui est la fonction de la sagesse.


 

Aoyama Sensei est l’abbesse d’un haut lieu de pratique de la tradition du zen Soto à Nagano (Japon). Auteur renommé, spécialiste de l’art floral et de la cérémonie du thé, son allure imposante est adoucie par une grande gentillesse.


Cet article est paru dans Sagesses Bouddhistes n°4 (Automne 2017)

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