top of page
loading-gif.gif
  • SB

Terre pure

La puissance des souhaits


Interview et traduction : Fréderic Koskas


Frederic Koskas habite aux îles Fidji, à Lautoka, la seconde ville la plus importante des Fidji avec une population légèrement supérieure à 50 000 habitants. Il vit avec une petite communauté autour de maître Cifa, un enseignant de l’école bouddhiste de la Terre pure. Il a accepté le jeu, avec la rédaction, de faire passer la traduction, des questions et des réponses. Nous les publions après moult e-mails et de longs échanges sur Skype à peine en- trecoupés par une distance de dix fuseaux horaires, quasiment de l’autre côté du globe depuis la France. « La pratique de la Terre pure est une méthode directe, difficile à croire mais très facile à utiliser une fois qu’on l’expérimente, car elle pointe directement vers la vérité ultime », explique maître Cifa. Les pages qui suivent essaient d’en clarifier quelques aspects. L’insistance de maître Cifa sur l’énergie nucléaire est manifeste et relative aux essais d’explosions thermonucléaires que les marins des îles Fidji ont connus. Il s’agissait d’essais anglais et français, souvent atmosphériques et menés pendant trente ans sur les îles Cook et Mururoa dont ils étaient les voisins distants de moins de 1 300 miles nautiques(1).


Pouvez-vous nous donner quelques précisions biographiques et la raison de votre présence dans les îles Fidji ?

Je suis venu m’installer dans les îles Fidji principalement pour des raisons de santé. Parce que j’étais très occupé en Chine et parce que le climat n’était pas favorable, je suis tombé sérieusement malade. L’un de mes étudiants a pris soin de moi et m’a emmené aux îles Fidji pour que je me repose et que je me soigne sous des latitudes plus clémentes.

De plus, j’ai décidé de vivre à l’étranger car je souhaitais toujours transmettre les enseignements de la lignée bouddhique de la Terre pure. Actuellement, dans de nombreux pays, les conditions ne sont pas favorables. De plus en plus de personnes utilisent les religions à des fins d’ambition personnelle, pour se faire une réputation, obtenir un pouvoir politique ou de l’argent. Dans les îles Fiji, l’environnement est encore simple, plus pur à cet égard. Il y a donc moins d’obstacles pour créer une organisation non religieuse, ouverte à tous afin d’offrir à chacun une opportunité d’accéder aux enseignements de la Terre pure d’Amitābha. Mon vœu est de toucher les personnes de toutes religions, de tous horizons en proposant des solutions pertinentes, adaptées à leurs préoccupations quotidiennes et qui s’inspirent de la Vue juste enseignée par le Bouddha. À l’heure actuelle nous publions des articles hebdomadaires dans l’un des journaux de Fiji, c’est le premier canal par lequel nous partageons de manière appliquée l’essence de la Terre pure.

J’ai été moine durant plus de vingt ans et j’ai assimilé des pratiques religieuses traditionnelles. Mais j’ai aussi observé que, par bien des aspects, ces pratiques ne fonctionnaient pas correctement en raison d’influences croisées entre individus, groupes et institutions. Je souhaite purifier cela afin que ceux qui ont des croyances puissent rencontrer une forme de pratique appropriée aux gens ordinaires.


Comment décririez-vous la transmission que vous avez reçue ?

La base de tous mes enseignements repose sur et est inspirée par les trois soutras piliers de la Terre pure : le Soutra du Bouddha Amitābha, le Soutra de Vie-Infinie et le Soutra des contemplations de Vie-Infinie. Lorsque je suivais les enseignements de mon maître, ce dernier ne m’a demandé qu’une seule chose lorsque j’étudiais le Dharma avec lui : que je fasse le vœu de transmettre les enseignements de la lignée et que je m’y engage. Ce que j’ai fait. À présent mes disciples apprennent et transmettent aussi ce que je leur enseigne : c’est exactement ce que mon maître m’a enseigné. En fait, si je suis venu aux Fiji, ce n’est pas accidentel, ce n’est pas un acte personnel, c’est le résultat de causes et de conditions et de messages qui viennent de mon maître et de ma lignée. Lorsque l’on fait le vœu sincère de partager le Dharma, beaucoup de choses se mettent en place d’elles-mêmes. La force de la lignée est aussi puissante que le fleuve Rouge (ndlr : qui prend sa source en Chine et traverse le Viêt Nam pour aboutir dans la mer de Chine méridionale).


La Terre pure est souvent méconnue des autres traditions bouddhistes. L’image perçue est celle d’une pratique uniquement axée sur la récitation et l’invocation faites au Bouddha Amitābha, en vue d’une renaissance dans sa Terre pure de Sukhâvatî, et qui ne tient pas assez compte de l’esprit d’éveil (bodhicitta) tourné vers les autres… Qu’en pensez-vous ?

Je ne peux pas donner de point de vue personnel à ce propos car il ne s’agit pas de ce que je pense. Les méthodes d’enseignement du Bouddha sont différentes. En revanche je dois d’abord souligner que les enseignements de la Terre pure sont destinés à bénéficier à tous les êtres des neuf mondes et pas seulement à un petit groupe de disciples qui pratiquent la Terre pure. Les vœux d’Amitābha sont destinés et bénéficient à tous. Si les bouddhistes des autres lignées connaissent un peu les pratiques de la Terre pure et qu’ils les comparent avec les leurs cela engendre beaucoup de confusion.

Les soutras étudiés dans la Terre pure explicitent qu’en répétant le nom du Bouddha Amitābha nous éveillons notre nature de Bouddha. La Terre pure parfaite existe dans le cœur de chaque être, cela n’a rien à voir avec des opinions ou des points de vue concurrents. Les pratiques qui offrent des méthodes progressives sont plus faciles à croire au premier abord, ce sont des progressions pas à pas. En revanche une longue période est nécessaire pour arriver à un résultat. La méthode de la Terre pure fonctionne un peu différemment, d’où la confusion. C’est une méthode directe difficile à croire mais très facile à utiliser une fois qu’on l’expérimente car elle pointe directement vers la vérité ultime. On utilise activement ce qui existe déjà en nous. Et c’est pourquoi j’ai une motivation sans faille pour transmettre ces enseignements.


La transmission ne se fait pas par l’expérience personnelle ou à travers un rôle que je jouerais.

Selon vous, quels moyens peuvent être mis en œuvre pour développer l’esprit d’éveil de vos disciples, pour développer l’esprit d’éveil chez l’habitant ordinaire des îles Fidji ?

Encore une fois, il ne s’agit pas de ce que je pense personnellement. Amitābha, le Bouddha de la Terre pure, a fait le vœu d’aider tous les êtres sensibles, humains inclus. Il utilise son accomplissement et son vœu afin que tous les êtres retournent à la vérité fondamentale, leur nature ultime. Je ne suis que le transmetteur, je pratique et je transmets ma pratique à ceux qui me rencontrent et me suivent. Le pouvoir d’inspirer l’éveil chez les êtres ne vient pas de moi, mais du vœu d’Amitābha. La transmission ne se fait pas par l’expérience personnelle ou à travers un rôle que je jouerais.

©The Light of Life

Les méthodes que je transmets sont ainsi inspirées du Dharma. Elles proposent des pratiques et une ligne directrice applicables dans la vie quotidienne : en soi, c’est une méthode de transmission. Sur les îles, nous publions dans les journaux des textes correspondant à ce que j’enseigne. Ce sont des moyens habiles qui pointent du doigt la vérité fondamentale à travers absolument tous les phénomènes de la vie : les souffrances des émotions, la vie en communauté, la vie de couple, toutes nos habitudes, etc.


La planète est polluée par l’activité de l’homme. Comment prend-on conscience d’une relation juste à l’environnement, à la Terre, et de l’importance d’accomplir des petits gestes en faveur de l’environnement ?

Il y a plusieurs raisons qui engendrent une pollution excessive sur la planète. D’abord, nous soutenons une société de consommation qui veut produire toujours plus de produits, de plastiques à un tel point que l’on ne peut plus les gérer. Il y a aussi la production de déchets provenant de la fabrication d’armes atomiques et de la production d’électricité nucléaire. Ces déchets sont ingérables et il est impossible de s’en débarrasser. C’est le problème le plus préoccupant, la source de pollution la plus dangereuse, mais la population n’est pas du tout consciente de ce sujet. Si elle prend conscience de ce danger alors peut-être que des solutions seront trouvées et cela lui sera utile comme à la planète. Pour ce qui est du reste, les petits gestes du quotidien, ce n’est pas vraiment le plus important. Ce que les gens peuvent faire néanmoins est de ralentir – le développement économique est trop rapide. Les gens peuvent aussi mener une vie très simple, libérée du fardeau du « toujours plus ». Mais la population mondiale doit urgemment prendre conscience que la plus grande source de pollution provient des activités nucléaires.

Operation_Crossroads_Baker

1 D’autres voisins îliens des Iles Fidji ont été empoisonnés pendant des générations par les gaz radioactifs émis par entre autres 193 essais français (dont 47 atmosphériques) de 1966 à janvier 1996, faisant de Mururoa une décharge nucléaire dont l’étanchéité est très critiquable.







Dans les sociétés occidentales, les gens bien informés, scientifiques, naturalistes, écologistes, et même de grandes institutions comme l’ONU tirent la sonnette d’alarme depuis des dizaines d’années. Comment expliquer cet aveuglement qui fait que les gens ne se préoccupent pas de ces questions essentielles ?

La pollution est une conséquence de l’esprit cupide des humains, trop préoccupés par des perspectives à court terme. Et en particulier ce problème de la pollution nucléaire, dont très peu de gens ont réellement conscience. Les gens sont trop distraits par la pollution de l’air, de l’eau, des détritus mais ne s’alarment pas de la pollution nucléaire qui est la plus préoccupante avec des conséquences à long terme sur les humains.

Lorsque l’on veut entreprendre quelque chose en pensant « court terme » pour en bénéficier le plus rapidement possible, nous devenons de plus en plus cupides. Avec un esprit avide, on engendre des causes et des conditions dont le résultat sera d’autant plus dommageable. En revanche, si l’on s’inscrit dans une vue à long terme, sur la portée de ce que nous faisons, nous mettons à profit un esprit qui se soucie des générations futures. Ainsi, le résultat sera bénéfique pour la planète comme pour les humains. Les enseignements du Bouddha nous rappellent que si nous avons une vision à long terme des choses, alors les actions que nous ferons à court terme soutiendront le long terme, il ne s’agit plus de désirs à court terme. La planète se dégrade parce que l’esprit des gens se dégrade, et devient de plus en plus cupide. Si on les invite à adopter une perspective à long terme, à respecter et prendre soin, leur esprit changera et le résultat sera automatiquement différent et bénéfique à tous. 


TERRE PURE

La Terre pure désigne la « Terre pure de l’Ouest » (sk. Sukhāvatī, la « Bienheureuse ») du Bouddha Amitābha,« Lumière-Infinie ». C’est aussi une appellation simplifiée de l’école de la Terre pure, improprement dite amidisme, une section très importante du bouddhisme Mahāyāna. Les soutras importants pour cette école sont le Soutra d’Amida (sk. Sukhāvatī vyūha sūtra), le Soutra de Vie-Infinie (sk. Sukhāvatī vyūha sūtra) et le Soutra des contemplations de Vie-Infinie (sk. Amitāyurdhyāna sūtra).Le bouddhisme de la Terre pure est essentiellement basé sur la foi, la dévotion et la pratique de la récitation du nom du Bouddha Amitābha, avec pour objectif d’accéder après cette vie à Sukhāvatī, la Terre pure du Bouddha Amitābha. En dehors même des écoles de la Terre pure, le Soutrade Vie-Infinie, le Soutra des méditations, Amitābha etsa Terre pure ont influencé l’ensemble du bouddhisme extrême-oriental.


LA TERRE PURE EN CHINE

Inspiré par le Pratyutpanna-samādhi-sūtra(2), le moine Huiyuan (334-416) fonde en 402 avec ses compagnons,au monastère de Donglin sur le mont Lu, un groupe de dévotion à Amitābha, considéré comme le départ de l’école de la Terre pure chinoise, qui voit en Huiyuan son patriarche fondateur. Cependant, la visualisation du Bouddha est pour lui surtout une aide à la méditation dhyāna ou chan (jap. zen), et le vrai départ de l’amidisme interviendra un peu plus tard. Huiyuan restera toujours néanmoins une figure tutélaire.Le Pratyutpanna-samādhi-sūtra, Soutra de la méditation qui permet de contempler tous les bouddhas, a également inspiré Zhìyǐ (538-597), fondateur de l’école Tiantai.Le second patriarche, avec qui le mouvement commença à prendre un réel développement, est Tánluán (476-542) du monastère Xuanzhong au Shanxi. La doctrine est mise en forme pendant un siècle et demi. Elle s’appuiera jusqu’au Japon sur quatre textes, trois soutras groupés en un Sūtra Triparti de la Terre Pure et un traité : depuis le tout début avec Huiyuan, dévotion à Amitābha et méditation sont associées. En Chine, les courants de la Terre pure et du chan n’ont jamais hésité à emprunter l’un à l’autre. Des bouddhistes de tous les courants se sont intéressés à la Terre pure en la considérant comme le moyen le plus sûr de la pratique et de la réussite. L’école s’est d’ailleurs plus développée par le biais de « transfuges » syncrétistes que de lignées strictement structurées.


D’après le travail très renseigné de Jérôme Ducoret Jean Eracle : https://fr.wikipedia.org/wiki/Terre_pure et aussi https://bouddhismes.net/




Cet article est paru dans Sagesses Bouddhistes n°08 (2018)


 


Frederic Koskas habite aux îles Fidji, à Lautoka, la seconde ville la plus importante des Fidji avec une population légèrement supérieure à 50 000 habitants. Il vit avec une petite communauté autour de maître Cifa, un maître de l’école bouddhiste de la Terre pure.


Comentarios


bottom of page