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  • Photo du rédacteurSagesses Bouddhistes

Qu’est-ce que la méditation Vipassana ?


La méditation Vipassana ou méditation de la « vision profonde » ou « vision pénétrante » est une conscience claire de ce qui se passe exactement au moment où cela se passe.

©Buddhistfellowship.org

La distinction entre la méditation vipassana et les autres types de méditation est cruciale et doit être parfaitement comprise. Le bouddhisme aborde deux grands types de méditation. Ils représentent différentes habiletés mentales, différents modes de fonctionnement ou qualités de conscience. En pali, la langue originale de la littérature theravada, ils sont appelés vipassana et samatha.

Vipassana peut être traduit par « vision profonde » ou « vision pénétrante », une conscience claire de ce qui se passe exactement au moment où cela se passe. Samatha peut être traduit par « concentration » ou « tranquillité ». Il s’agit d’un état dans lequel l’esprit est mis au repos, concentré sur un seul élément et non autorisé à se disperser. Lorsque cela est fait, un calme profond envahit le corps et l’esprit, un état de tranquillité dont on doit faire l’expérience pour le comprendre.

La plupart des systèmes de méditation mettent l’accent sur la composante samatha. Le méditant concentre son esprit sur certains éléments, tels que la prière, un chant, la flamme d’une bougie, une image religieuse ou autre, et exclut toutes les autres pensées et perceptions de sa conscience. Le résultat est un état de ravissement qui dure jusqu’à ce que le méditant termine sa séance d’assise. C’est beau, délicieux, plein de sens et séduisant, mais seulement… temporaire. La méditation vipassana aborde l’autre composante, le discernement, la vision pénétrante.

Dans la méditation vipassana, le méditant utilise sa concentration comme un outil avec lequel sa conscience pourra déconstruire le mur des illusions, un mur qui occulte la lumière vivante du réel. Il s’agit d’un processus graduel de prise de conscience toujours plus grande des mécanismes internes de la réalité elle-même. Cela prend des années, mais un jour, le méditant traverse ce mur et accède à la lumière. La transformation est complète. Cela s’appelle la libération, et c’est permanent. La libération est l’objectif de tous les systèmes de pratique bouddhistes. Mais les voies pour atteindre ce but sont très diverses.


La plus ancienne des pratiques de méditation bouddhiste

Vipassana est la plus ancienne des pratiques de méditation bouddhiste. La méthode est directement issue du Maha Satipatthana Sutta (« Le grand discours sur les fondements de l’attention »), un discours attribué au Bouddha lui-même. Vipassana est un entraînement concret et graduel de la pleine conscience ou de la pleine attention. Elle se déroule étapes par étapes sur une période de plusieurs années. L’attention de l’étudiant est soigneusement dirigée vers un examen méticuleux de certains aspects de sa propre existence. Le méditant est entraîné à remarquer de plus en plus d’aspects dans le flux de l’expérience de sa propre vie.

Vipassana est une technique douce. Mais elle est aussi très, très complète. Il s’agit d’un système ancien et codifié pour entraîner votre esprit, un ensemble d’exercices destinés à vous faire prendre conscience de plus en plus de votre propre expérience de vie. Il s’agit d’une écoute attentive, d’une observation minutieuse et d’un examen soigneux.

Nous apprenons à sentir avec acuité, à toucher pleinement et à prêter réellement attention aux changements qui se produisent dans toutes ces expériences. Nous apprenons à écouter nos propres pensées sans nous y laisser prendre. L’objet de la pratique de la méditation Vipassana est d’apprendre à voir la vérité de l’impermanence, la vérité de l’insatisfaction et le fait que les phénomènes n’ont pas d’existence propre (ndlr : les phénomènes n’ont pas d’existence propre car ils sont composés, interdépendants et se manifestent à un niveau relatif).

Nous pensons que cela est déjà acquis pour nous, mais c’est une illusion. Elle vient du fait que nous accordons si peu d’attention à la montée en puissance de nos propres expériences de vie que nous pourrions tout aussi bien être endormis. Nous ne sommes tout simplement pas assez attentifs pour remarquer que nous ne le sommes pas. C’est un autre cercle vicieux.


La méditation comme découverte

Grâce au processus de pleine conscience, nous prenons lentement conscience de ce que nous sommes vraiment, en dessous de l’image de l’ego. Nous nous éveillons à ce qu’est réellement la vie. Ce n’est pas seulement un défilé de hauts et de bas, de sucreries et de claques sur le poignet. C’est une illusion. La vie a une texture beaucoup plus profonde que cela si nous prenons la peine de regarder, et si nous regardons de la bonne façon.

Vipassana est une forme d’entraînement mental qui vous apprendra à faire l’expérience du monde d’une manière entièrement nouvelle. Vous apprendrez pour la première fois ce qui se passe réellement pour vous, autour de vous et en vous. C’est un processus de découverte de soi, une enquête participative dans laquelle vous observez vos propres expériences tout en y participant au fur et à mesure qu’elles se produisent.


« Ne faites pas attention à ce que l’on vous a enseigné. Oubliez les théories, les préjugés et les stéréotypes. "Je veux comprendre la vraie nature de la vie. Je veux savoir ce qu’est réellement cette expérience d’être en vie." »

La pratique doit être abordée avec cette attitude : ne faites pas attention à ce que l’on vous a enseigné. Oubliez les théories, les préjugés et les stéréotypes. « Je veux comprendre la vraie nature de la vie. Je veux savoir ce qu’est réellement cette expérience d’être en vie. Je veux appréhender les qualités véritables et les plus profondes de la vie, et je ne veux pas simplement accepter l’explication de quelqu’un d’autre. Je veux le voir par moi-même. »

Si vous poursuivez votre pratique de la méditation avec cette attitude, vous réussirez. Vous vous surprendrez à observer les choses objectivement, exactement comme elles sont — fluides et changeantes d’un instant à l’autre. La vie prend alors une richesse incroyable qui ne peut être décrite. Il faut en faire l’expérience.


Vipassana et Bhavana

Le terme pali pour la méditation de la « vision profonde » ou « vision pénétrante »[1] est vipassana bhavana. Bhavana vient de la racine bh, qui signifie « croître » ou « devenir ». Par conséquent, Bhavana signifie cultiver, et ce mot est toujours utilisé en référence à l’esprit. Bhavana signifie culture mentale. Vipassana est dérivé de deux racines. Passana signifie voir ou percevoir. Vi est un préfixe avec un ensemble complexe de connotations. La signification de base est « d’une manière spéciale ». Mais il y a aussi la connotation de « dans » et « à travers ».

Le sens global du mot est de regarder dans quelque chose avec clarté et précision, de voir chaque composant comme distinct, et de percer jusqu’au bout afin de percevoir la réalité la plus fondamentale de cette chose. Ce processus conduit à la compréhension de la réalité fondamentale de ce qui est examiné. Si l’on met tout cela bout à bout, vipassana bhavana signifie la culture de l’esprit, qui vise à voir de la manière particulière qui conduit à l’intuition et à la pleine compréhension.


La méthode que nous expliquons ici est probablement celle que le Bouddha Gotama enseignait à ses élèves. Le Satipatthana Sutta, le discours originel du Bouddha sur la pleine conscience, dit spécifiquement que l’on doit commencer par concentrer son attention sur la respiration, puis noter tous les autres phénomènes physiques et mentaux qui apparaissent.

Nous sommes assis, observant l’air qui entre et sort par notre nez. À première vue, cette procédure semble excessivement étrange et inutile. Avant de passer à des instructions spécifiques, examinons la raison qui la sous-tend.


Pourquoi la concentration est importante ?

La première question que l’on peut se poser est la suivante : pourquoi utiliser une focalisation de l’attention ? Après tout, nous essayons de développer la conscience. Pourquoi ne pas simplement s’asseoir et prendre conscience de tout ce qui est présent à l’esprit ? En fait, il existe des méditations de cette nature. On les appelle parfois méditations non structurées et elles sont assez difficiles.

L’esprit est délicat. La pensée est une activité intrinsèquement compliquée. Nous voulons dire par là que nous sommes pris au piège, enveloppés et coincés dans la chaîne des pensées. Une pensée en entraîne une autre qui en entraîne une autre, et une autre, et une autre, et ainsi de suite. Quinze minutes plus tard, nous nous réveillons soudainement et nous réalisons que nous avons passé tout ce temps à être coincés dans un rêve éveillé, un fantasme sexuel ou une série d’inquiétudes concernant nos factures ou autres.

Nous utilisons la respiration pour nous concentrer. Elle sert de point de référence essentiel à partir duquel l’esprit s’égare et est ramené. La distraction ne peut être considérée comme telle que s’il existe un point central dont on se détourne. C’est le cadre de référence qui nous permet de considérer les changements et interruptions incessants qui se produisent en permanence comme faisant partie de la pensée normale.


Apprivoiser les éléphants sauvages

Les anciens textes palis comparent la méditation au processus d’apprivoisement d’un éléphant sauvage. À l’époque, la méthode consistait à attacher un animal nouvellement capturé à un poteau avec une bonne corde solide. Lorsque vous faites cela, l’éléphant n’est pas content. Il barrit, piétine et tire sur la corde pendant des jours. Finalement, il comprend qu’il ne peut pas s’échapper et il se calme.

À ce stade, vous pouvez commencer à le nourrir et à le manipuler avec une certaine sécurité. Finalement, vous pouvez vous passer de la corde et du poteau et entraîner votre éléphant à diverses tâches. Vous avez maintenant un éléphant apprivoisé qui peut être mis à contribution.

Dans cette analogie, l’éléphant sauvage est votre esprit très actif, la corde est la pleine conscience et le poteau est notre objet de méditation, notre respiration. L’éléphant apprivoisé qui émerge de ce processus est un esprit bien entraîné et concentré qui peut alors être utilisé pour la tâche extrêmement difficile de percer les couches d’illusion qui obscurcissent la réalité. La méditation apprivoise l’esprit.


©Deon de Villiers

Pourquoi respirer ?

La prochaine question à laquelle nous devons répondre est la suivante : pourquoi choisir la respiration comme objet principal de la méditation ? Pourquoi pas quelque chose d’un peu plus intéressant ? Les réponses à cette question sont nombreuses. Un objet de méditation utile devrait être un objet qui favorise la pleine conscience. Il doit être portable, facilement disponible et bon marché. Il devrait également être quelque chose qui ne nous entraînera pas dans les états d’esprit dont nous essayons de nous libérer, comme l’avidité, la colère et l’illusion.

La respiration répond à tous ces critères et plus encore. Elle est commune à tous les êtres humains. Nous la portons tous avec nous, où que nous allions. Elle est toujours là, constamment disponible, sans jamais cesser de la naissance à la mort, et elle ne coûte rien.

La respiration est un processus non conceptuel, une chose que l’on peut expérimenter directement sans avoir besoin d’y penser. De plus, c’est un processus très vivant, un aspect de la vie qui est en constante évolution. Le souffle se déplace par cycles – inspiration, expiration, inspiration et expiration. Il s’agit donc d’un modèle miniature de la vie elle-même.

La respiration est un phénomène commun à tous les êtres vivants. Une véritable compréhension expérientielle de ce processus vous rapproche des autres êtres vivants. Elle vous montre votre lien inhérent avec toute la vie. Enfin, la respiration est un processus du temps présent.

La première étape pour utiliser la respiration comme objet de méditation est de la trouver. Ce que vous recherchez, c’est la sensation physique et tactile de l’air qui entre et sort par les narines. Elle se situe généralement juste à l’intérieur de la pointe du nez. Mais l’endroit exact varie d’une personne à l’autre, en fonction de la forme du nez.

Pour trouver votre propre point, respirez profondément et remarquez le point juste à l’intérieur du nez ou sur la pointe supérieure, là où vous avez la sensation la plus nette de passage de l’air. Expirez maintenant et remarquez la sensation au même endroit. C’est à partir de ce point que vous suivrez l’ensemble du passage de la respiration.


Pas toujours facile

Lorsque vous commencez cette procédure, attendez-vous à rencontrer quelques difficultés. Votre esprit va s’égarer en permanence, virevoltant comme un bourdon et prenant des tangentes folles. Essayez de ne pas vous inquiéter. Le phénomène de l’esprit-singe est bien connu. C’est un phénomène auquel tous les méditants avancés ont dû faire face. Ils l’ont surmonté d’une manière ou d’une autre, et vous le pouvez aussi.

Lorsque cela se produit, notez simplement le fait que vous avez pensé, rêvassé, que vous êtes inquiet ou autre. Doucement, mais fermement, sans vous énerver ni vous juger pour vous être égaré, revenez simplement à la simple sensation physique de la respiration. Puis recommencez la fois suivante, et encore, et encore, et encore.

Fondamentalement, la méditation Vipassana est un processus de réorientation de l’esprit. L’état que vous visez est celui dans lequel vous êtes totalement conscient de tout ce qui se passe dans votre propre univers perceptif, exactement de la manière dont cela se passe, exactement au moment où cela se passe ; une conscience totale et ininterrompue dans le temps présent.

Il s’agit d’un objectif incroyablement élevé, qui ne peut être atteint d’un seul coup. Il faut de la pratique, donc nous commençons petit. Nous commençons par devenir totalement conscients d’une petite unité de temps, juste une seule inhalation. Et quand on y arrive, on est sur la voie d’une toute nouvelle expérience de la vie.


[1] Insight méditation en anglais – laktong en tibétain - shikantaza 只管打坐 (seulement s’assoir) dans la pratique de zazen qui unifie les aspects samatha et vispassana.


Initialement paru dans Tricycle Magazine.

Traduction : Sagesses Bouddhistes Le Mag

Cet article est paru dans Sagesses Bouddhistes n°22 (Été 2022).

 


Ordonné à l’âge de 12 ans à Kandy (Sri Lanka), le vénérable Hénépola Gunaratana a reçu une formation de novice pendant huit ans et de bhikkhu pendant sept ans, avant de quitter le Sri Lanka en 1954 pour travailler en Inde avec les Intouchables. Arrivé aux États-Unis en 1968, il enseigne le bouddhisme et conduit des retraites de méditation depuis plus de quarante ans, en Asie du Sud-Est, en Amérique du Nord, en Europe, au Mexique et en Australie.

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