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Zazen

par Roland Yuno Rech 



Pour faire zazen, on s’assoit sur un coussin pour être assis confortablement. On ramène le talon contre le coussin de façon à ce que le premier genou soit au sol, et on place le pied sur la cuisse opposée. On laisse le bassin basculer en avant de manière à avoir bien cet ancrage des genoux dans le sol, qui forment un trépied avec les fesses qui pressent contre le zafu. Et à partir de la taille on se redresse, tout en détendant bien le ventre. On étire la colonne vertébrale et la nuque comme si l’on voulait pousser le ciel avec le sommet de la tête, on relâche les épaules, on place la main gauche dans la main droite, le tranchant des mains en contact avec le bas ventre. On relâche bien les épaules et on pose le regard devant soi sur le sol.


Dans cette assise, le principe de ce que l’on fait, eh bien, c’est d’en faire le moins possible. Le but du zazen, c’est de ne plus rien faire du tout. Mais dans tous les cas, il y a quand même au départ une certaine pratique, une certaine manière consciente de faire, qui consiste à être attentif à sa posture, centré sur le corps. Cela nous ramène à être présent ici dans ce lieu, habité par ce corps. On se concentre sur la respiration qui nous amène à être vraiment présents maintenant, à ne pas être distraits, à ne pas laisser l’esprit s’échapper avant, après. Et on laisse passer les pensées tout en exerçant une certaine observation intuitive, immédiate de « qu’est-ce qui se passe en ce moment ? », mais sans trop analyser, simplement être juste lucide, conscient de ce qui arrive, de ce qui apparaît ; de façon à pouvoir éclairer ce qui remonte du subconscient, apprendre à se connaître soi-même à un certain niveau, qui est le niveau de ce qui nous habite, des phénomènes qui nous constituent.


Et puis alors plus profondément, il s’agit de prendre conscience de la nature complètement impermanente et insubstantielle de ce qui nous constitue, de tout ce qui forme cette personne, cet ego qui est en train de faire zazen. Le corps, les sensations, les perceptions, les pensées, les désirs sont impermanents, apparaissent, disparaissent, se transforment sans cesse, et sont donc insaisissables. Cette expérience-là du caractère insaisissable et insubstantiel de ce qui nous constitue est ce qui va nous permettre de réaliser au fond la nature essentielle de notre existence, c’est-à-dire d’être un être de relation d’interdépendance avec toutes les autres existences de l’univers et en aucun cas un être substantiel pouvant exister absolument par lui-même.


Donc il y a là une double dimension dans la pratique de zazen : une dimension d’éveil de nos illusions, de nos attachements dont on prend finement conscience à travers l’observation que l’on a de soi, puisque tout le film de nos pensées, de nos désirs défile durant la méditation. On devient plus intime avec ce qui nous habite, avec nos motivations, etc. 


Être intime avec soi-même est important dans la relation avec les autres parce que se comprendre soi d’abord permet de mieux comprendre les autres ensuite et d’être plus en empathie avec eux.




Cet article est paru dans Sagesses Bouddhistes n°8 (Automne 2018)


 


© Philippe Judenne

Roland Yuno Rech est un  disciple du maître Taisen Deshimaru, ordonné moine en 1974. Il a reçu la transmission de maître Niwa Zenji et enseigne quotidiennement la pratique de la méditation assise au dojo zen de Nice tout en proposant des retraites en France, à l’étranger et au temple zen de la Gendronnière.

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