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  • Photo du rédacteurSagesses Bouddhistes

La Voie du Milieu en entreprise



Sagesses Bouddhistes : Qu’en est-il du juste milieu dans le monde du travail, où les valeurs humaines comme la bienveillance semblent avoir une toute petite place comparée aux impératifs de profit ? Quel est selon vous le juste milieu ?


Roland Yuno Rech : J’ai été invité par un séminaire d’entrepreneurs et les organisateurs voulaient m’entendre parler du zen par rapport à la vie de l’entreprise. Au début, je les ai provoqués en m’asseyant en zazen sur la table de conférence. Et je leur ai dit : « Je me demande pourquoi vous m’avez invité ici par ce que le zen c’est non-profit et vous il n’y a que le profit qui vous intéresse. Qu’est-ce que je viens faire là ? »


Et nous avons commencé à parler du profit. De fil en aiguille, s’est déroulée une journée tout à fait passionnante qui a tourné autour du thème : le profit, en tant que but fondamental de l’activité des entreprises, nourrit une certaine forme d’avidité qui fait que tous les moyens sont bons pour réussir à augmenter le profit des actionnaires. J’ai développé l’idée que ces divisions étaient tout à fait à court terme en disant que le bouddhisme et le zen ne sont pas du tout contre le profit mais pour le profit partagé. Cela implique qu’une entreprise fonctionne bien, qu’elle apporte une valeur ajoutée en rendant un bon service mais avec cette idée que le profit ne vaut que si que s’il est partagé par tous. Pour la pérennité de l’entreprise, les gens employés doivent être motivés. À l’heure actuelle, le côté inhumain de l’entreprise rend les gens moins efficaces parce qu’au fond, ils perdent leur motivation. À l’inverse, si l’entreprise devient plus humaine, si les valeurs de bienveillance et de compassion y ont droit de cité, les gens qui travaillent se sentent beaucoup plus à l’aise. Au fond nous aspirons tous à vivre dans une certaine solidarité. Le côté inhumain rend la vie professionnelle difficile et j’expliquai à ces patrons que la première des choses est que les employés retrouvent une motivation, un sens profond à leur activité : déjà dans les relations qu’ils entretiennent entre eux, avec leurs clients, avec leurs fournisseurs, et qu’ils comprennent que le principe d’interdépendance (qui est le principe fondamental du bouddhisme) est au centre de l’entreprise – et qu’une entreprise qui est saine est une entreprise qui tient compte de toutes les interdépendances internes et externes en soignant l’interdépendance de manière positive. Voilà ce qui permet dans certains cas de ne pas maximiser le profit immédiat mais finalement de maximiser le profit à long terme, où l’entreprise va s’épanouir, durer, et va garder ses cadres et ses employés, lesquels se perfectionneront dans leurs compétences au lieu de chercher ailleurs pour trouver mieux et finalement retomber dans le même piège. À la fin de la journée ces patrons d’entreprise étaient très convaincus – c’était assez extraordinaire vu la manière dont cela avait commencé, et on ne se quittait plus, prolongeant les échanges encore et encore.

Je ne crois pas que dans l’entreprise il faille absolument être ambitieux, égoïste ou avoir les dents longues. J’ai travaillé en entreprise en étant moine zen. Je n’avais aucun projet de carrière professionnelle. En tant que moine zen, j’essayais de faire au mieux et autant que possible avec tout le monde : clients, fournisseurs, collaborateurs, chefs, etc. Finalement cela a marché tellement bien qu’à un moment donné, le directeur du département dans lequel je travaillais chez Rhône-Poulenc m’a proposé de prendre sa place car il montait en grade et voulait présenter son successeur à la hiérarchie. J’ai réfléchi pendant trois jours et j’ai démissionné.

Je ne pouvais pas prendre une responsabilité pareille car en tant que moine zen, j’avais d’autres priorités dans la vie et je savais que ma tâche, déjà lourde en tant que responsable du marketing, me ferait consacrer 100 % de mon temps et de mon énergie à l’entreprise. C’est un exemple de cas où, contrairement à ce qu’on imagine en général, les valeurs du bouddhisme n’empêchent pas de faire carrière dans l’entreprise. Ce sera une carrière qui sera peut-être plus discrète mais finalement plus stable à long terme car quelqu’un qui a des valeurs bouddhistes va être apprécié au fond par tout le monde et va donc créer autour de lui une ambiance favorable qui va stimuler la productivité de tout le monde et rendre les gens plus à l’aise d’une manière constructive. Je ne vois pas de conflit de valeurs, au contraire.



Cet article est paru dans Sagesses Bouddhistes n°5 (Hiver 2018)


 

Roland Yuno Rech

Roland Yuno Rech fut un des principaux disciples du maître Taisen Deshimaru, ordonné moine en 1974. Tout en travaillant dans l’industrie, il aida activement la mission de son maître. Après la mort de celui-ci, il reçut la transmission de maître Niwa Zenji et continua à enseigner le zen dans le cadre de l’Association Zen Internationale qu’il présida pendant douze ans. Installé à Nice, il enseigne quotidiennement la pratique de la méditation assise au dojo de Nice tout en proposant des retraites en France, à l’étranger et au temple zen de la Gendronnière.



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