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Pour une responsabilité universelle

Par Sa Sainteté le Dalaï-Lama


Le 7 juin 1992, pendant la Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement (plus connue sous l’appellation « Sommet de la terre »), sa Sainteté le Dalaï-Lama prononçait un discours fort à valeur de manifeste, et toujours autant d’actualité.




Pour relever les défis de notre temps, les êtres humains auront à développer un sens plus grand de responsabilité universelle. Chacun de nous doit apprendre à travailler non seulement pour soi, sa famille ou son pays, mais pour toute l’humanité. La responsabilité universelle est la clé véritable de la survie humaine. C’est le meilleur fondement de la paix mondiale, de l’utilisation équitable des ressources naturelles et du soin approprié de l’environnement, dans le souci des générations à venir.


Que cela nous plaise ou non, nous sommes tous nés sur cette terre, membres d’une seule grande famille. Riche ou pauvre, éduqué ou non, appartenant à telle nation, religion ou idéologie, en fin de compte, chacun d’entre nous n’est qu’un être humain pareil à un autre. Tous, nous voulons le bonheur et nous détournons de la souffrance. Plus encore, chacun a les mêmes droits de chercher à être heureux et d’éviter de souffrir. Quand on admet que tous les êtres sont égaux sur ce plan, on ressent automatiquement empathie et proximité avec autrui. Dès lors, il devient possible d’assumer un véritable sens de responsabilité universelle, associé à la détermination d’aider activement les autres à surmonter leurs problèmes.


Bien sûr, cette sorte de compassion est, de par sa nature, calme et bienveillante, mais elle n’en est pas moins très puissante. Elle signale une force intérieure authentique. Nul besoin de devenir religieux, ni de souscrire à une idéologie. Il convient seulement de cultiver de bonnes qualités humaines.


La nécessité d’assumer une responsabilité universelle s’applique à chaque aspect de la vie moderne. Car l’interdépendance est une loi fondamentale de la nature. Non seulement les myriades de formes de vie, mais également les phénomènes matériels, à leur niveau le plus subtil, sont régis par les lois de l’interdépendance. Des terres émergées où nous habitons jusqu’aux océans, en passant par les nuages, les forêts et les fleurs qui nous entourent, tous ces phénomènes adviennent en dépendance avec schémas subtils d’énergie. Sans leur interaction appropriée, ils se dissolvent et se désagrègent.


Nous devons prêter attention à cette loi de la nature aujourd’hui bien davantage que par le passé. Faute de l’avoir reconnue, nous avons causé nombre de problèmes. Par exemple, exploiter les ressources limitées du monde, en particulier celles des pays en développement, simplement pour alimenter la société de consommation est désastreux. Si cela continue sans aucun contrôle, tout le monde en pâtira. Nous devons respecter la délicate matrice de la vie et lui permettre de se régénérer. Le Programme des Nations unies pour l’environnement avertit que nous sommes confrontés à la vague la plus massive d’extinction des espèces depuis 65 millions d’années. C’est absolument effrayant. Nos esprits doivent s’ouvrir devant l’ampleur sans précédent de la crise qui se profile.


Ignorer l’interdépendance n’a pas seulement nui à notre environnement naturel, mais également à nos sociétés. Au lieu de prendre soin les uns des autres, nous consacrons l’essentiel de nos efforts à une course aux satisfactions matérielles. Nous en sommes tellement obnubilés de manière inconsciente, que nous avons négligé de satisfaire les besoins humains les plus élémentaires d’amour, de considération et d’entraide. C’est fort triste.

Nous devons prendre en compte notre nature véritable. Nous ne sommes pas les produits de machines. Si nous n’étions que des entités mécaniques, des robots suffiraient pour alléger toutes nos souffrances et répondre à nos besoins. Mais comme nous ne sommes pas que des créatures matérielles, il est vain de chercher à nous contenter d’un confort matériel.

Nous apprécions tous la quiétude. Par exemple, quand pointe le printemps, les jours s’allongent, le soleil brille davantage, l’herbe et les arbres revivent, tout est frais et l’on se sent heureux. En automne, les feuilles tombent une à une, puis toutes les belles fleurs se fanent et, pour finir, nous sommes entourés d’arbres dénudés. Alors, nous ne nous sentons plus si joyeux. Pourquoi cela ? Parce que, quelque part au tréfonds de nous-mêmes, nous aspirons à la croissance et à ses fruits. Nous n’aimons pas ce qui s’effondre, meurt ou s’anéantit. Toute action destructrice est contraire à notre nature profonde. Bâtir, être constructif, telles sont les aspirations humaines. Afin de poursuivre une croissance appropriée, nous avons besoin de renouveler notre engagement envers les valeurs humaines.


La vie politique exige un fondement éthique, mais la science et la religion doivent aussi s’appuyer sur une base morale. Sinon, les scientifiques ne sauraient faire la distinction entre techniques bénéfiques et simples expédients. Les dommages causés à notre environnement sont les résultats les plus flagrants de cette confusion. Dans le cas de la religion, c’est particulièrement indispensable.


Le but de la religion n’est pas de bâtir de beaux temples et des sanctuaires, mais de cultiver les qualités humaines positives comme la tolérance, la générosité et l’amour. Toutes les religions du monde, quelle que soit leur vision philosophique, sont, d’abord et avant tout, fondées sur le principe de réduire notre égoïsme et de servir les autres. Malheureusement, il arrive parfois qu’au nom de la religion, d’aucuns provoquent davantage de querelles qu’ils n’en résolvent. Les adeptes des diverses fois devraient réaliser que chaque croyance a une valeur intrinsèque immense en tant que moyen de dispenser un bien-être mental et spirituel.


Dans la Bible, un verset merveilleux parle de transformer les épées en socs de charrues. L’image est belle, de convertir une arme en outil destiné à répondre aux besoins humains fondamentaux. Elle est symbolique d’une attitude de désarmement intérieur et extérieur. Dans l’esprit de ce message ancestral, je pense qu’il est important de souligner, aujourd’hui, l’urgence d’une politique trop longtemps différée — la démilitarisation de toute la planète.


Cette démilitarisation libérera de grandes ressources humaines pour protéger l’environnement, soulager la pauvreté et favoriser un développement humain acceptable. C’est mon espoir que les Nations unies puissent rapidement contribuer à matérialiser ce vœu.

J’ai toujours eu une vision de l’avenir de mon pays, le Tibet, fondée sur cette aspiration. Le Tibet sera un sanctuaire neutre et démilitarisé, où les armes seront bannies et où la population vivra en harmonie avec la nature. J’ai appelé cela une zone d’ahimsa ou « non-violence ». Ce n’est pas un rêve — c’est précisément ainsi que nous, les Tibétains, nous sommes efforcés de vivre pendant un millier d’années, avant l’invasion tragique de notre pays.


En général, je suis plutôt optimiste quant à l’avenir. Les rapides revirements de notre attitude envers la Terre sont également une source d’espoir. Nous avons dévoré sans souci les ressources du monde, comme si elles étaient infinies. Nous ne réalisions pas que cette consommation effrénée était un désastre à la fois écologique et social. Maintenant, les individus, comme les gouvernements, sont en quête d’un nouveau pacte environnemental et économique.



Cet article est paru dans Sagesses Bouddhistes n°7 (Été 2018)

Remerciements à Sofia Stril-Rever et aux Éditions Les Arènes.

Extrait de Nouvelle réalité, l’âge de la responsabilité universelle


 









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