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Pour arrêter de fuir,

Revendiquer sa liberté, sa paix et la joie à chaque pas


Par Thich Nhât Hanh

Extrait de L’Art de vivre paru aux Éditions Le Courrier du Livre


Dans la société actuelle, nous sommes tellement occupés que nous n’avons même pas le temps de prendre soin de nous-mêmes. Nous ne sommes pas à l’aise avec nous- mêmes. Nous trouvons difficile de prendre soin de notre corps, de nos sensations et de nos émotions. Nous avons peur d’être submergés par notre souffrance et, donc, nous nous enfuyons de nous-mêmes. C’est l’une des caractéristiques déterminantes de notre civilisation.


Mais si nous nous enfuyons de nous-mêmes, comment pouvons-nous prendre soin de notre souffrance ? Si nous ne pouvons pas prendre soin de nous-mêmes, comment pouvons-nous prendre soin de ceux que nous aimons ? Et comment prendre soin de notre mère, la Terre ? Notre Mère Terre a la capacité de nous nourrir et de nous guérir, mais nous nous enfuyons loin d’elle, nous l’abîmons et la détruisons. La technologie moderne nous offre de plus en plus d’outils pour fuir loin de nous-mêmes, de notre famille et de la nature.


Lorsque nous aurons commencé la révolution dans notre propre conscience, cela pourra apporter un changement radical dans notre famille et notre communauté.

Il faut une révolution, une sorte de révolution en douceur, une sorte d’éveil au cœur de chacun de nous. Nous devons nous rebeller. Nous devons déclarer : « Je ne veux pas continuer à vivre ainsi ! Ce n’est pas une vie. Je n’ai pas le temps de vivre, je n’ai pas le temps d’aimer. »

Lorsque nous aurons commencé la révolution dans notre propre conscience, cela pour- ra apporter un changement radical dans notre famille et notre communauté. Mais nous devons d’abord être déterminés à changer notre mode de vie. Nous devons reconquérir notre liberté de jouir des merveilles de la vie. Si nous sommes heureux, nous aurons l’énergie et la force dont nous avons besoin pour aider les autres à se libérer aussi. Lorsque nous nous arrêtons pour respirer, ce n’est pas une perte de temps. La civilisation occidentale affirme que « le temps, c’est de l’argent », et que nous devrions employer notre temps pour gagner de l’argent. Nous ne pouvons pas nous permettre de nous arrêter pour respirer, apprécier une promenade ou admirer le coucher de soleil. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre notre temps. Mais le temps est bien plus précieux que l’argent. Le temps, c’est la vie. Revenir à notre respiration et devenir conscient que nous avons un corps merveilleux, c’est cela, la vie.

Avez-vous le temps d’admirer un superbe lever de soleil ? Avez-vous le temps

d’ap- précier la musique de la pluie qui tombe, des oiseaux qui chantent dans les arbres ou le doux son de la marée montante ? Nous devons nous éveiller après un long rêve. Il est possible de vivre différemment. Pouvez-vous voir que vous voulez déjà vivre différemment ?


Le temps n’est pas de l’argent,

le temps, c’est la vie,

et le temps, c’est l’amour.


Avec un éveil collectif, les choses peuvent changer très vite. C’est pourquoi tout ce que nous faisons devrait avoir pour objectif de contribuer à cet éveil collectif. Les humains peuvent être pleins de haine, méchants et violents, mais nous avons aussi la capacité, avec une pratique spirituelle, de devenir compatissants et protecteurs non seulement envers notre propre espèce, mais aussi envers les autres espèces, nous avons la capacité de devenir des êtres éveillés en mesure de protéger notre planète et préserver sa beauté. L’éveil est notre espoir. Et l’éveil est possible.

Nous devons nous secouer pour nous éveiller afin de changer de mode de vie, pour avoir plus de liberté, plus de bonheur, plus de vitalité, plus de compassion, plus d’amour. Nous devons réorganiser notre vie pour avoir le temps de prendre soin de notre corps, de nos sensations, de nos émotions, de nos bien-aimés et de notre planète. Prendre soin de nous-mêmes et des autres est le genre d’adaptation que nous voulons trans- mettre aux générations futures. Nous devons nous libérer des pressions que la société met sur nous. Nous devons résister. Rien que notre façon de marcher depuis l’emplacement de notre voiture jusqu’à notre bureau est une façon de réagir : « Je refuse de courir. Je résiste. Je ne veux pas perdre un seul moment, un seul pas. Je revendique ma liberté, ma paix et la joie à chaque pas. C’est ma vie et je veux la vivre en profondeur. »


Cet article est paru dans Sagesses Bouddhistes n°8 (Automne 2018)


 


Né en 1926 au Vietnam central, Thich Nhât Hanh devient moine à l’âge de 16 ans. Maître bouddhiste zen vietnamien, poète, jardinier, inlassable défenseur de la paix, il figure parmi les personnalités les plus engagées du bouddhisme dans le monde occidental. Thich Nhât Hanh a fondé en 1982 la communauté du Village des Pruniers, situé dans le sud-ouest de la France.









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