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La méditation zen : origine, histoire et pratique

Présentation : Aurélie Godefroy



Aurélie Godefroy : Pourriez-vous nous rappeler l’origine de la méditation dans le bouddhisme zen ?

Roland Yuno Rech : L’origine de la méditation, c’est la méditation du Bouddha, la méditation à travers laquelle Sakyamuni est devenu un éveillé, un bouddha.

Il explique lui-même dans un sutra comment cela s’est passé :

- Dans un premier temps, assis dans la posture de méditation, il a abandonné tout ce qui était de l’ordre des souillures du mental, c’est-à-dire de l’avidité, de la haine et des émotions négatives, tout en conservant une certaine activité mentale, une réflexion.

- Dans une deuxième étape, il a abandonné toute forme de réflexion et toute forme d’activité mentale consciente et volontaire, mais il a gardé un état de joie, de bonheur, de sérénité.

- Il a laissé tomber ensuite aussi la joie, qui est encore une émotion assez vive. Il ne restait plus que le bonheur.

- - Enfin, dans ce quatrième dhyana, parce que l’on appelle ces états de méditation des dhyana, il a également abandonné le bonheur. Il n’éprouvait plus à ce moment ni bonheur ni souffrance. Il était dans un état d’équanimité qui lui a permis de s’éveiller et c’est là qu’il a découvert les grands principes qui ont constitué ensuite la base du bouddhisme : la loi du karma, les quatre nobles vérités, et dans ces quatre nobles vérités il y a toute une partie qui est consacrée à la méditation.

Par la suite, il a particulièrement développé la pratique de l’attention dans un autre sutra, le Satipatthana-Sutta, les quatre fondements de l’attention.

L’attention, c’est tout d’abord l’attention au corps, être tout à fait présent dans son corps, dans sa respiration en étant conscient simultanément qu’il y a bien un corps qui respire mais qu’il n’y a pas d’ego, de moi substantiel dans ce processus de respiration.

Ensuite le bouddha a enseigné d’être attentif à ses émotions, à ses sensations, de plaisir, de déplaisir, et d’être attentif à l’état d’esprit dans lequel on est. Nous pouvons pratiquer cela partout sans que l’on ait nécessairement besoin de le pratiquer dans la méditation assise. C’est un avantage.

L’état d’esprit dans lequel nous nous trouvons dépend de si nous sommes concentrés ou distraits. Sommes-nous vraiment présents ou pas ? Tout cela on peut le pratiquer à tout moment et où que l’on soit.

Ensuite, le quatrième objet d’attention ou d’observation sont les objets mentaux. Dans les objets mentaux, il y a toutes les pensées relatives au Dharma mais aussi les empêchements, les illusions.

Dans la méditation bouddhiste, à partir de ces deux grands enseignements, on peut dire qu’il y a à la fois une pratique qui consiste à constamment lâcher prise avec tout objet – qui est la pratique des dhyana (qui a donné lieu au mot Chan en chinois et Zen en japonais) – et qu’en même temps, il y a la pratique de l’observation, de l’attention, que l’on appelle maintenant la pratique de la pleine conscience et qui s’est beaucoup développée en Occident. Ce sont les deux volets que l’on retrouvera dans toute l’histoire de la méditation bouddhiste.


Est-ce que ça fait aussi partie de la méditation telle qu’elle a été pratiquée par Bodhidharma et qui a donné naissance à son école en Chine ?

Effectivement Bodhidharma est arrivé en Chine à une époque où les Chinois avaient beaucoup étudié le bouddhisme à travers les sutras. Il a enseigné et laissé un écrit qu’on appelle le Traité de Bodhidharma dans lequel deux voies d’accès à l’enseignement du Bouddha sont présentes.

L’accès par le principe, qui revient en fait à étudier les sutras, et l’accès par la pratique. L’accès par le principe consiste finalement à développer une confiance profonde dans la nature de bouddha, la nature de l’éveil de chacun. C’est un accès qui encourage la pratique de la méditation comme une sorte de célébration de cet éveil, qui est à la base même de l’existence humaine.

Ensuite, l’accès par la pratique est un enseignement dans lequel Bodhidharma recommande d’être dans l’acceptation des situations, du karma, une acceptation inconditionnelle parce que les situations résultent d’un karma passé. Et le fait d’accepter nous procure une grande paix de l’esprit. Donc il n’y a pas lieu de se révolter mais au contraire d’être en harmonie avec ce qui nous arrive.

C’est surtout dans ses dialogues que Bodhidharma a enseigné vraiment l’essence de sa méditation. Par exemple, le dialogue qu’il a eu avec l’empereur qui lui a demandé :

« Qu’est-ce que la sainte vérité du bouddhisme ?

— C’est un esprit vaste, un esprit vide, kakunen musho, c’est-à-dire au-delà de la sainteté. »

Il y a aussi un dialogue que Bodhidharma a eu avec son premier disciple, Eka, lequel, quand il a rencontré pour la première fois le maître, était dans une grande souffrance morale et spirituelle. Eka lui demandait d’apaiser son esprit.

Bodhidharma lui répondit alors : «Montrez-moi votre esprit. »

Eka a répondu : « Mon esprit, je l’ai cherché longtemps, il est insaisissable. » Bodhidharma lui dit : « Alors, il est déjà apaisé. »

Cela a été le point de départ de la pratique du zen au sens d’une pratique de méditation dans laquelle on ne cherche pas à saisir l’esprit. Car l’esprit, au fond, est insaisissable car vaste comme le ciel. Si on s’harmonise avec cette attitude de l’esprit, la racine de toutes les souffrances est tranchée.


Comment maître Dôgen (1200-1253) a-t-il transmis la méditation ?

Dôgen lui-même a hérité de l’enseignement de maître Wanshi qu’on appelait l’enseignement de l’illumination silencieuse et qui est différent de la méditation Rinzai en ce sens que c’est une méditation sans objet, sans le support de koans ou de mantras. Maître Wanshi, et Dôgen par la suite, a appelé cela shikantaza, seulement s’asseoir dans un état de complet lâcher-prise, de dépouillement du corps et de l’esprit par rapport à toutes nos formes d’attachement. Pourquoi ? Parce que, comme dès l’origine, comme chez Bodhidharma en particulier, il y a cette confiance fondamentale dans le fait qu’au fond de chaque être se trouve la nature de bouddha. Nous sommes cette nature de bouddha. Il n’y a en réalité rien à faire : être simplement assis. Dès que nous voulons faire quelque chose c’est l’ego qui se manifeste, même si c’est un ego spirituel qui veut bien faire. Nous sommes dans une dualité, un volontarisme. Dès que nous poursuivons un but, nous sommes loin de la plénitude d’esprit, loin de l’éveil parce que le but est forcément quelque chose de limité qui correspond à une représentation que l’on se fait de ce que devrait être l’éveil, le satori, le Nirvana. Alors en voulant l’obtenir, nous nous en écartons.

Dôgen enseignait la pratique de seulement s’asseoir et de retrouver dans cette simple assise l’unité profonde du corps et de l’esprit, mais aussi l’unité de soi-même avec les autres, de soi-même avec bouddha, de soi-même avec la nature de bouddha, et surtout l’unité profonde non seulement dans la méditation, mais aussi dans toutes nos activités quotidiennes. Il s’agit de faire que chaque chose soit une forme de méditation : c’est-à-dire une pratique dans laquelle on s’absorbe complètement dans ce qu’on fait avec une totale concentration.

Cela implique le lâcher-prise avec toute notre activité mentale, nos pensées et en même temps une perception de notre communion et de notre unité avec tous les êtres. C’est donc une dédicace constante de notre activité quotidienne pour le bien-être de tous les êtres.


Que s’est-il passé dans les années 1970 avec maître Deshimaru qui a apporté la méditation zen. Concrètement, quels sont les bienfaits physiologiques, psychologiques de la méditation et comment peut-on la pratiquer concrètement aujourd’hui ?

Concrètement, la méditation se pratique dans un dojo parce qu’on nous y enseigne la posture juste, la manière de respirer, l’état d’esprit juste et qu’en plus, on est ensemble. Le fait d’être ensemble est très important dans la pratique du zen, ce n’est pas une pratique de repli solitaire, c’est une pratique de communion avec tous les êtres. Pour ce qui est de la posture du corps, il s’agit de s’asseoir avec le dos droit. On pourrait se mettre sur une chaise mais normalement on s’assoit avec les jambes croisées sur un coussin. Le menton est rentré, le corps est étiré entre ciel et terre, donc le dos est bien vertical. On se concentre sur la respiration et on apprend à lâcher prise avec toutes les pensées qui surgissent. Donc nous ne sommes pas en train d’essayer de résoudre un problème, de nous concentrer sur une vérité du bouddhisme, de saisir ce qu’il en est de la nature de bouddha ou de la nature de l’éveil. Nous accueillons tous les phénomènes qui surgissent. Nous prenons conscience de leur impermanence, de leur vacuité et cela nous encourage à lâcher prise. On réalise que finalement notre petit moi est lui aussi insaisissable et qu’il est constamment en train de se transformer en fonction de ses objets d’attachement. On lâche prise avec son propre ego.

On se retrouve ainsi dans un état de complète vacuité, disponibilité, et on accueille ce qui se présente. Cela, nous pouvons continuer à le pratiquer dans la vie quotidienne. C’est d’une valeur extrêmement importante, notamment pour calmer le stress parce que, justement, nous apprenons à être ici et maintenant sans être obsédés par le but de l’action en cours.

On apprend à être sans anxiété parce que, dans l’instant présent, toutes nos peurs, dont on craint de les voir se réaliser dans le futur, n’ont pas lieu d’être ici et maintenant. On retrouve une paix d’esprit fondamentale.

Nous nous libérons de tous nos conditionnements du passé parce que nous nous rendons compte que, finalement, il y a des tas de choses qui nous obsèdent mais qui sont liées à des conditionnements de notre enfance, de notre histoire ou même de ce qui s’est passé la veille. Et revenir à ici et maintenant c’est revenir d’une manière certaine à une grande paix de l’esprit, une grande disponibilité et un éveil à la réalité. Parce que la réalité n’est que dans l’ici et maintenant.

Tout le reste est virtuel. Il s’agit de fabrications mentales.


Comment prolonger les bienfaits de la méditation dans notre vie quotidienne, chose qui n’est pas évidente ?

Dans la vie quotidienne, il y a beaucoup trop d’informations et de choses qui sollicitent le mental. On est trop dans sa tête et pas assez dans son corps. La première chose à faire serait de déposer notre tête et d’écouter notre corps (rires). En tous les cas et par exemple quand on marche (même si c’est pour prendre sa voiture), il s’agit d’être le plus possible dans ses gestes d’apprendre à être un avec la marche et de bien sentir ses pieds au cours de la marche. Dans une voiture, il s’agit d’être vraiment au volant et ne pas faire deux choses en même temps. Ce qui est terrible à l’heure actuelle, c’est que l’on fait non seulement deux mais souvent trois, quatre choses en même temps avec tous les moyens de communication que nous avons. La recommandation fondamentale est : ne faites qu’une seule chose à la fois, essayez d’être dans votre corps et de lâcher prise avec toute l’agitation du mental, notamment par le retour constant à la respiration.



Cet article est paru dans Sagesses Bouddhistes n°1 (Hiver 2016)

 

©Philippe Judenne


Roland Yuno Rech est un disciple de maître Taisen Deshimaru. Il enseigne depuis une trentaine d’années, aujourd’hui au Dojo zen de Nice et au temple zen de la Gendronnière. Il dirige également des retraites tout au long de l’année un peu partout en Europe.

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