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  • tanitagency

Inspirez- Expirez - Respirez, vous apprenez



« Si, dès l’âge de 8 ans, on enseignait la méditation, nous pourrions éliminer la violencedans le monde en une seule génération », Tenzin Gyatso, XIVe Dalaï-Lama, Prix Nobel de la paix

La vie scolaire est devenue de plus en plus stressante, avec une pression croissante exercée sur les enseignants, le personnel

de l’Éducation nationale et les élèves. Un fléau semble s’être abattu sur de plus en plus d’enfants depuis quelques années : le manque d’attention. Certains enseignants accusent la télé, d’autres l’ordinateur et les jeux vidéos, d’autres encore les parents. Le Bouddha n’a jamais énoncé quoi que ce soit de précis à propos des réseaux sociaux et des écrans vidéo. Si l’Octuple Sentier (voir SB n° 5 et n° 6) enseigne sur le sens de la parole et de l’action justes c’est à nos contemporains qui comprennent et intègrent la vue des enseignements du Bouddha de trouver

des applications habiles pour agir dans leur périmètres professionnel et culturel. L’enseignement dans les écoles est l’un de ces périmètres.

« Pour qu’un avenir brillant soit possible, nous devons fournir aux jeunes gens un fondement éthique, promouvoir un apprentissage social-émotionnel dans les écoles et entretenir le bien-être des professeurs », explique Pascale Dumont, ex-professeure des écoles et maître spécialisé pour les enfants en difficulté. Cette pratiquante des enseignements du Bouddha dans la tradition du Village des Pruniers continue : « À notre époque, c’est véritablement un défi parce que les condi- tions du développement social et cognitif des enfants et des adolescents changent

radicalement. Les agressions et les brutalités sont un problème qui va en augmen- tant alors que la durée d’attention des élèves va en diminuant. » Sans s’attarder à analyser les causes sociales de ce malaise grandissant, le Village des Pruniers propose par le réseau Wake-Up schools des pratiques de pleine conscience à des groupes en lien avec l’éducation des enfants, s’appuyant ainsi sur trente années d’expérience, des centaines de retraites pour des familles avec des enfants et des programmes pour les adolescents.

« Partager notre souffrance dans les groupes, devenir vulnérables les uns en- vers les autres, c’est très puissant, c’est cela qui amène une transformation », explique frère Pháp Linh.




Wake-up schools

Les témoignages rassemblés sur le site de la Maison de l’Inspir, profondément émouvants par leur humanité, donnent une idée très précise des situations aux- quelles des enseignants font face et com- ment la pratique de la pleine conscience peut leur inspirer de formidables réponses, déterminantes pour les élèves.


« On ne peut pas transmettre la sagesse et le discernement à une autre personne. La graine est déjà là. Un bon professeur touche la graine, lui permettant de se réveiller, de germer et de pousser » Thich Nhât Han


©vdp

TEMOIGNAGE

Par Frédéric Koskas, professeur des écoles




Depuis que nous sommes venus à la retraite « Spéciale éducation » en octobre au Village des Pruniers, deux collègues et moi-même, nourris par les nombreux témoignages, les échanges et les ateliers de travail, ainsi que les « partages », et soutenus par notre principal, avons initié une évolution importante dans le collège en espérant faire tâche d’huile.

Pour mettre en pratique ce que nous avons appris, nous avons bénéficié du cadre des heures d’ATP (Aide au Travail Personnalisé). Nous avons acheté une dizaine de coussins de méditation et nous avons conçu des séances durant lesquelles nous pratiquons l’assise silencieuse, des entraînements à la concentration et l’attention, ainsi que des exercices qui permettent aux élèves de prendre conscience d’eux-mêmes et de l’agitation physique et mentale qui les malmène à leur insu. Nous proposons aussi des exercices de Brain gym afin qu’ils s’approprient un peu plus en conscience leur corps et nous articulons tout ceci avec de l’aide au travail plus « conventionnelle » par des exercices de méthodologie, lectures de consignes, etc. Tous les élèves de sixièmes sont concernés par une heure hebdomadaire en demi-groupe.

Notre travail vise à accroître leur l’attention en classe, attention qui nous semble être la base de tout apprentissage efficace – sans oublier la bienveillance envers autrui. Ceci est donc le cadre général de nos interventions. Par ailleurs, chacun fait évoluer ses cours selon sa sensibilité, ses propres expériences. Mais de façon générale, nous mettons tous l’accent sur la conscience et la maîtrise de soi, ce qui implique également une conscience accrue de l’environnement et des autres. Nous insistons égale- ment sur la transversalité des exercices que nous proposons et les applications directes en classe ou chez soi. Ainsi un nombre croissant d’élèves pratiquent ces exercices régulièrement chez eux avant de commencer leurs devoirs, ou encore en classe avant une évaluation ou un exercice. Nous avons également généralisé à l’ensemble de nos classes (nous trois mais aussi quelques autres collègues) la pratique de l’arrêt en classe grâce à l’utilisation d’une cloche qui peut être utilisée par un élève ou le professeur afin de ponctuer les différentes activités, ou pour retrouver le si- lence ou la sérénité nécessaires à une meilleure écoute en classe. Aussi, nous pratiquons quasi systématiquement une séance de quelques minutes de relaxation et de recentrage sur soi pour retrouver la concentration au début de chaque heure de classe. Un son de cloche est invité une première fois et le calme devient tangible après quelques minutes. Les rappels de la cloche lors des cours ramènent et ancrent les élèves dans ce calme initial qu’ils savent identifier par la concentration sur la respiration en début de cours. Le principe tient dans l’attention à une tâche prioritaire à la fois (par exemple : écouter le professeur ou les élèves qui participent mais ne pas bavarder en même temps ; faire son exercice uniquement, sans tenir compte de l’agitation environnante).À l’école nous exigeons beaucoup d’attention de la part de nos élèves alors que peu d’activités dans leur vie les exercent à cette attention, bien au contraire. J’ai mis en place dans la classe de 6e dont je suis professeur principal une organisation autour des « Veilleurs de la Terre » (terme proposé par un des élèves). Il s’agit, pour chacun des élèves de veiller et de prendre soin d’un camarade, désigné, en facilitant la vie de celui-ci au collège, en l’observant, en lui évitant des conflits ou en trouvant des solutions à ses problèmes, en allant se référer à un adulte par exemple. Chaque élève devait trouver trois qua- lités au camarade dont il avait la charge, après une observation d’un mois. Cette dernière expérience a porté ses fruits dans le

sens d’un apaisement général dans le groupe, comme si une prise de conscience des qualités ne concernant qu’un camarade avait été élargie à l’ensemble du groupe (initialement, la classe dans son ensemble était plutôt éclatée en nombreux petits groupes, ce qui générait de nombreux conflits, des actes de violence et d’irrespect).


Si l’apaisement général est certain, l’expérience n’est peut-être pas aussi spectaculaire au premier abord avec des élèves qui ne trouvent pas toujours de qualités à leur camarade. Mais l’expérience permet un travail sur soi – car chacun reconnaît que tout le monde a des qualités et que le fait de ne pas trouver à l’autre des qualités est avant tout un problème personnel et de point de vue. Je vais donc réitérer l’expérience à la rentrée car j’ai confiance en la force de ce premier travail de prise de conscience et en la bienveillance dont chacun peut bénéficier et faire don. Avec mon collègue Fabien, nous avons conscience que certains collègues sont dubitatifs et pas forcément d’accord sur le fait de favoriser des pratiques qui mobilisent des moyens, de plus en plus réduits dans tous les établissements. Dans un futur proche, nous aimerions mettre en place des groupes de partage entre collègues. En effet, nous comprenons bien que le chemin que nous avons choisi nous a fortement sensibilisés à ce genre de pratique, qui nous semble être une priorité vis-à-vis des élèves. Nous espérons que ces groupes de partage permettront aux col- lègues les moins sensibilisés de faire une expérience directe de ce que nous faisons et d’élargir à un plus grand nombre les pratiques décrites plus haut.



Wake-Up schools sur le site de la Maison de l’Inpir : 

et sur Facebook


Cet article est paru dans Sagesses Bouddhistes n°7 (Été 2018)





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