Célébrer Noël

Par Lama Thoubtèn Yéshé

Traduit de l’anglais par Philippe Penot

 

Extrait de : « Célébrer Noël, Douce nuit, sainte nuit » Editions Vajra Yogini 2016

Ici, nous avons un grand respect pour Jésus, et comme beaucoup de mes étudiants viennent d’Occident, nous avons décidé de suivre leur tradition et d’organiser la fête de Noël. Mais nous devons essayer de lui donner tout son sens. Depuis notre naissance jusqu’à ce jour, à combien de fêtes avons-nous participé ? Comment nous sommes-nous comportés à chaque fois ? Comment ont-elles influencé notre esprit ? Vérifiez. À cause de préoccupations matérialistes, des problèmes ont souvent surgi, n’est-ce pas ? Par exemple, quand nous faisions les courses pour acheter nourriture et cadeaux, nous avons débattu sur les prix : Et pendant la soirée ou la fête, nous avons subi les désagréments de trop manger, de diverses déceptions et d’autres choses encore. C’est ainsi que Noël nous a souvent apporté rien d’autre que de la confusion. Il ne s’agit pas de critiquer Noël, j’ai le plus grand respect pour Jésus. C’est nous qui sommes confus, devenant par là-même responsables de la confusion de Noël. Jésus a présenté des enseignements pour nous montrer de quelle manière être en paix. Par respect pour lui, fêter sa naissance devrait aussi se passer dans la paix. Si ce n’est pas le cas, cela montre clairement que nous n’avons rien compris à ce qu’il a enseigné.

La caractéristique des matérialistes est de croire que bonheur et frustration dépendent complètement des phénomènes et des biens extérieurs. S’ils n’obtiennent pas suffisamment de crème glacée et de gâteau, ils sont déçus : « Je me sens tellement vide. Ce Noël a été un tel fiasco, j’aimerais disparaître ! » C’est en fait ce qu’ils pensent. Pour eux, le succès ou l’échec d’une fête religieuse dépend totalement de choses matérielles ; c’est pourquoi on les appelle matérialistes. Ils sont incapables de découvrir la paix et le bonheur en leur esprit ; au contraire, ils cherchent des preuves d’amour à l’extérieur. Peu importe à quel point ils prétendent pratiquer une voie spirituelle, leur esprit est complètement obsédé par le niveau grossier, matériel, de la réalité.

Quand, avec une sagesse pénétrante, nous examinons de plus près nos attitudes et comportements à Noël, nous pratiquons vraiment le Dharma. C’est cela, une véritable quête religieuse ou spirituelle. Étudier le Dharma ne signifie pas penser à quelque chose venu du ciel, d’un autre monde. Cela traite directement de questions telles que notre motivation ; de ce que nous pensons et ressentons là, maintenant, au coeur de notre vie quotidienne. Si nous ne tentons pas de contrôler et de transformer les états d’esprit confus et négatifs que sont la jalousie, la convoitise, etc., alors on peut dire qu’il n’y a pas de christianisme. Et qu’il n’y a ni bouddhisme, ni mahayana, il n’existe absolument rien de salutaire. Il nous faut reconnaître l’esprit négatif pour ce qu’il est, puis commencer doucement à trouver une solution à la douleur qu’il nous cause, à nous et aux autres. C’est ainsi que nous pouvons amener notre esprit à réaliser un état de paix éternelle. Si nous ne faisons rien pour corriger notre motivation et nos modes de pensées pervertis, alors Noël n’existe que pour l’ego. Bien que nous soyons censés célébrer Jésus, ce que nous faisons en réalité est complètement dégénéré.

 

C’est pourquoi, si vous souhaitez venir à cette célébration de Noël et apporter un cadeau, venir l’esprit en paix est le meilleur cadeau que vous puissiez faire. Si vous arrivez à faire une telle offrande imprégnée d’un amour véritable pour chacun, ce sera suffisant. S’engager dans toutes sortes de préparatifs et d’activités matérielles n’est pas une nécessité.

Après avoir ressenti de l’insatisfaction par rapport aux religions que l’on trouve dans leur pays d’origine, de nombreux Occidentaux sont venus en Orient pour étudier auprès de gourous et de lamas. Survient alors le grand danger qu’une fois de retour en Occident, ils parlent durement de leurs propres traditions. Non seulement cette activité est inutile, mais elle nous est aussi extrêmement nuisible. Du point de vue de la psychologie, de telles discriminations et de telles critiques furieuses sont un signe de maladie mentale. Pourquoi cela ?Parce que l’origine de tous nos problèmes réside dans nos propres projections mentales erronées. On ne trouve nulle part sur terre une telle chose qu’un « problème » existant de par lui-même, permanent et indépendant de l’esprit qui en fait l’expérience. Par conséquent, comme les difficultés apparaissent seulement à cause de notre vue fausse des choses, les critiques émotionnelles que nous faisons d’une autre tradition sont complètement malavisées et psychologiquement malsaines. Elles sont une forme de manie égocentrique qui nous fait nier notre responsabilité personnelle de ce qui nous dérange et nous fait plutôt rejeter la faute sur un objet tout à fait inadéquat.

De plus, Bouddha lui-même a instauré, en tant qu’engagement lié à la prise d’initiation pour pratiquer ses enseignements des tantras les plus élevés, le voeu de ne pas dénigrer avec hostilité quelque doctrine philosophique ou religieuse que ce soit. Il savait que recevoir ces initiations et ces enseignements peu communs pouvait conduire à l’arrogance. C’est pourquoi il a fixé ce précepte pour précisément contrer pareille attitude.

Alors, pour ces raisons, nous devons nous protéger contre ces pensées sectaires.

Nous avons pour habitude d’établir constamment des comparaisons entre les choses. Nos pensées se ruent très facilement vers la partialité. Tout ce que nous identifions comme étant « notre truc » devient automatiquement « le meilleur », et nous nous sentons obligés de nous opposer à quiconque tiendrait une opinion contraire. Voilà comment fonctionne tout naturellement un esprit fourvoyé. Notre sentiment contrefait de supériorité nous pousse à regarder de haut tout ce que nous considérons comme étant contraire à nos croyances. Il en résulte que nous finissons souvent par critiquer quelque chose pour la seule et unique raison que nous ne la comprenons pas. Il ne s’agit là de rien d’autre qu’une preuve d’ignorance.

Par exemple, la Bible dit que Dieu est le créateur de toute chose. Beaucoup d’entre nous pourraient se rebeller contre une telle affirmation et y réagir de manière rigide et fermée. Il se peut que nous réagissions ainsi uniquement parce que nous ne sommes pas capables ou ne voulons pas comprendre son importance psychologique et y apporter une interprétation appropriée. Il serait peut-être mieux pour nous d’apprendre à ne pas interpréter les choses à la lettre et à être plus souples dans notre manière d’aborder des idées qui nous sont étrangères ou difficiles à saisir. De cette façon, les réalisations auraient la possibilité de se développer. D’après cet exemple, nous devons comprendre que nous, les Occidentaux, éprouvons un désir puissant de nous sentir libres et indépendants. « Je veux m’occuper de moi », « Je veux faire mon truc ». « Je, je, je, je, je ». Et même quand quelqu’un vient nous offrir son aide, nous la rejetons. Une telle incompréhension égoïste de la liberté est la cause de tant de problèmes qu’il serait extrêmement bénéfique de la corriger d’une manière ou d’une autre. Donc l’enseignement disant que Dieu a créé toute chose, nous y compris, peut être un antidote très efficace à notre orgueil mal placé. L’attachement à nous-mêmes diminue tandis que le respect pour quelque chose qui nous est supérieur augmente.

Cela nous offre une alternative au fait de n’estimer que soi et de ne prendre refuge que dans notre ego mesquin.