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Samãdhi et sagesse


Par Ajahn Chah


Un enseignement donné à Wat Tum Saeng Pet pendant la retraite des pluies de 1981.



Je vous demande, à présent, d’être très attentif, de ne pas laisser votre esprit vagabonder ailleurs. Essayez de vous percevoir comme si vous étiez assis sur une montagne ou quelque part dans une forêt, tout seul. Qu’avez-vous là, tandis que vous êtes assis ? Il y a le corps et l’esprit – c’est tout, rien que ces deux choses-là. Tout ce qui est contenu à l’intérieur de cette forme humaine assise ici, c’est ce que l’on appelle « le corps ». Quant à « l’esprit », c’est ce qui est conscient et qui pense à cet instant précis.


Méditer pour trouver la paix... Il faut d’abord comprendre ce qu’est la paix, sinon vous ne pourrez jamais la trouver.

Comprenez que ce qui est assis ici en ce moment, ce ne sont que le corps et l’es­prit. Nous confondons ces deux choses et pourtant, si vous voulez la paix, vous devez les connaître pour ce qu’elles sont réellement. Tel qu’il est actuellement, l’es­prit n’est pas encore entraîné ; il est sale, opaque – ce n’est pas encore le pur esprit. Nous devons continuer à l’entraîner au moyen de la méditation. Certains croient que méditer signifie s’asseoir jambes croisées mais, en réalité, toutes les positions sont de bons véhicules pour la pratique de la méditation. On peut méditer de­bout, assis, en marche ou allongé et pratiquer ainsi à tout moment. Samãdhi signifie littéralement « l’esprit fermement établi ». Pour développer le samãdhi, il ne s’agit pas d’étouffer l’esprit !


La pratique de samãdhi a pour but de développer la sagesse et la compréhen­sion. Samãdhi, c’est l’esprit stable, concentré sur un point unique. Sur quel point est-il fixé ? Sur le point d’équilibre. C’est là qu’il se fixe. Mais les gens pra­tiquent la méditation en essayant de faire taire leur esprit. Ils disent : « J’essaie de m’asseoir en méditation mais mon esprit refuse de se calmer une seule minute. Il ne cesse de partir dans tous les sens. Comment puis-je l’arrêter ? » Il ne s’agit pas de l’arrêter. Il faut qu’il y ait du mouvement pour que la compréhension puisse surgir. Les gens se plaignent : « Mon esprit s’échappe et je le ramène ; il repart et je le ramène encore. » Ils passent leur temps, assis là, à courir derrière leur esprit. Ils croient que leur esprit court dans tous les sens mais, en réalité ce n’est qu’une impression. Re­gardez cette salle, par exemple. Certains diront : « Oh ! Comme elle est grande ! » alors qu’en fait elle n’est pas grande du tout. Si elle vous paraît grande, c’est à cause de votre perception. En fait, cette salle a simplement la taille qu’elle a, elle n’est ni grande ni petite. Mais voilà ! Les gens passent leur temps à courir derrière leurs impressions. Méditer pour trouver la paix... Il faut d’abord comprendre ce qu’est la paix, sinon vous ne pourrez jamais la trouver. Ce que les gens appellent généralement « paix » est simplement l’apaisement de l’esprit, pas l’apaisement des pollutions mentales. Les pollutions mentales sont mises de côté temporaire­ment, comme de l’herbe que l’on couvrirait d’un ro­cher. Si vous retirez le rocher trois ou quatre jours plus tard, très vite l’herbe recommencera à pousser. Elle n’avait pas disparu, elle avait seulement été enfouie. C’est exactement la même chose en samãdhi : l’esprit se calme mais pas les pollutions mentales. Le samãdhi apporte une certaine forme de paix mais, comme le rocher qui couvre l’herbe, cette paix est temporaire. Pour trouver la véritable paix, il faut développer la sagesse. La paix qu’apporte la sagesse, c’est comme poser le rocher et le laisser là. Si vous ne le retirez plus, l’herbe ne pourra jamais repousser. C’est la véritable paix, la fin des pollutions mentales. Nous parlons de la sagesse (paññã) et du calme (samãdhi) comme s’il s’agissait de deux choses séparées mais il faut savoir que, fondamentalement, ils ne font qu’un. La sagesse est l’aspect dynamique du samãdhi et le samãdhi, l’as­pect passif de la sagesse. Ils ont la même origine mais prennent des directions différentes, assument des fonctions différentes. […]



Quand c’est le moment de vous asseoir en méditation, asseyez-vous, mais n’ou­bliez pas que l’on ne médite pas seulement assis. Il faut donner à votre esprit l’occasion de vivre pleinement les choses, permettre à ces choses de se dérouler et percevoir ainsi leur véritable nature. Comment les re­garder ? Voyez-les comme étant impermanentes, im­parfaites et impersonnelles. Tout est incertain. Si vous vous dites : « Comme cet objet est beau ! Il me le faut absolument », ajoutez aussitôt : « Rien de sûr là-de­dans ». Si vous pensez : « Je n’aime pas du tout cela», n’oubliez pas : « Pas sûr ». Est-ce vrai ? Absolument ! Sans erreur possible. Il y a des plats qui paraissent délicieux mais vous devez vous rappeler, là encore, que ce n’est pas sûr. Cela peut paraître tout à fait sûr, tel­lement c’est bon, mais vous devez tout de même vous dire : « Pas sûr ! » Si vous voulez vérifier, tentez une expérience : mangez votre plat préféré tous les jours – absolument tous les jours, j’insiste. Bientôt, vous allez vous en lasser et vous direz : « Ce n’est plus aussi bon, à présent. » Et plus tard : « En fait, je préfère tel autre plat. » Mais cela n’est pas sûr non plus ! Certains médi­tants restent assis « en méditation » jusqu’à être à moi­tié hébétés, on les croirait morts, ils ne savent même plus où ils sont. Ne tombez pas dans ces extrêmes !


Si vous sentez venir la somnolence, marchez ! Chan­gez de posture ! Développez la sagesse. Si vous êtres vraiment fatigué, reposez-vous mais, sitôt réveillé, re­prenez la méditation. C’est ainsi qu’il faut pratiquer : en utilisant bon sens, sagesse et discernement. Que votre pratique s’appuie avant tout sur l’observation du corps et de l’esprit. Voyez leur impermanence et tout le reste s’ensuivra. Pensez-y quand vous vous régalez d’un bon plat. Dites-vous : « Pas sûr. » Met­tez vite votre réaction K.O. au lieu que ce soit elle qui vous mette au tapis à chaque fois. Quand vous n’aimez pas quelque chose, vous vous contentez d’en souffrir : voilà comment les situations nous mettent au tapis ! Jamais vous n’arriverez à les mettre K.O. de cette ma­nière. Pratiquez aussi dans toutes les postures : assis, en marchant, debout ou couché. Il vous arrive d’être en colère aussi bien assis que debout, en marchant ou allongé. Il vous arrive aussi de ressentir une envie dans n’importe quelle posture. Alors soyez cohérents et étendez votre pratique à toutes les positions pos­sibles. Et puis, ne faites pas semblant de pratiquer, faites-le vraiment ! Il se peut qu’un problème remonte à la surface pendant que vous êtes assis en médita­tion et que, avant que vous ayez pu le résoudre, autre chose surgisse. Dites-vous alors : « Pas sûr, pas sûr ». Ainsi vous mettrez ces pensées K.O. avant qu’elles ne vous mettent elles-mêmes au tapis.





Cet article est paru dans Sagesses Bouddhistes n°1 (Hiver 2016)

Traduction française : Jeanne Schut


 


Ajahn Chah (1918-1992) est l’un des maîtres bouddhistes thaïlandais contemporains les plus remarquables. Sa présence pleine de compassion et son enseignement direct et clair ont attiré des milliers de disciples, laïques et moines, asiatiques comme occidentaux. Son rayonnement a participé au renouveau de l’antique tradition des « moines de la forêt » en Thaïlande et à la diffusion du bouddhisme en Occident.


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