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  • Photo du rédacteurSagesses Bouddhistes

Partir sans regret

Dernière mise à jour : 14 avr. 2023

Par Jetsunma Tenzin Palmo



Si nous avons vécu notre vie en étant bienveillants envers nous-même et les autres, alors nous pouvons mourir sans regrets.



Même sans être bouddhiste, je pense qu’il est vraiment important, lorsqu’on réalise que l’heure de partir est venue, de déposer tous ses vieux ressentiments, ses vieux griefs qu’on porte en soi depuis des années. Pardonnez ! Laissez tomber ! Vous savez que c’est une bonne chose de juste laisser tomber. Prenez le temps de dire à ceux qui vous sont chers – vos amis, les membres de votre famille – que vous les aimez, et que vous êtes plein de gratitude envers eux pour tout ce qu’ils vous ont apporté dans votre vie. Prenez ce temps et dites-leur aussi de vous laisser partir, que tout est bien ainsi et qu’un autre voyage vous attend.


Faites un testament très clair et très juste pour qu’il n’y ait aucune dispute après votre départ – tant de familles sont emprisonnées dans l’aigreur et l’amertume à la suite de ce qui est laissé par le défunt et partagé. Au moment de la mort, si vous avez des objets de dévotion, il est bien de les garder présents à l’esprit et, si vous n’en avez pas, vous pouvez juste penser à la Lumière. Et puis partez.

Soyez heureux. Vous savez, c’est une aventure. Je veux dire que chacun a une opinion personnelle sur ce qui se passe à ce moment-là et ce qui arrive après. Eh bien quand nous mourons, nous savons enfin ce qui se passe vraiment.


Le Bouddha a dit que ce qui était certain dans la vie est le fait que nous allons mourir. Nous ne devrions pas être surpris lorsque la mort approche. La meilleure façon de faire face à cela est de reconnaître cette réalité incontournable. Chaque famille a connu cela. Et pour rassurer la personne qui est en train de mourir, nous pouvons lui dire que « c’est ok de mourir ». Trop souvent les gens n’en parlent pas et préfèrent dire : « Tu vas aller mieux, prends ce médicament et tu seras rétabli dans un mois. » Et ils savent que ce n’est pas vrai. Et le patient sait aussi que ce n’est pas vrai. Et personne ne veut faire face à la réalité des faits, faire face à la réalité de la mort et le dire à celui qui est en train de mourir. Tout le monde est dans le déni et cela n’aide pas le malade.


Une fois une femme est venue et m’a demandé de me rendre au chevet de son mari qui était à l’hôpital, en train de mourir d’un cancer. Comme le mari était bouddhiste, les parents et la femme du malade voulaient savoir quel type de funérailles il désirait avoir. J’ai alors dit : « Mais pourquoi ne le lui avez-vous pas demandé ? », « Oh, nous ne pouvons pas parler de ces choses-là ».

Cet homme était un complet inconnu pour moi mais je suis allé le voir à l’hôpital. Il était très amaigri. Je lui ai pris la main, je lui ai parlé et à un moment je lui ai demandé s’il souhaitait quelque chose de particulier à ses funérailles ou des prières qu’il pourrait m’indiquer. Il a poussé un grand « ouf » de soulagement et de joie. Il m’a remerciée d’aborder le sujet. Il avait en tête toute une liste de choses à faire pour ses funérailles mais personne n’avait voulu en parler.

Ses parents que j’ai vus ensuite étaient assez âgés – leur fils malade avait la cinquantaine – et ils étaient complètement dans le déni. Leur fils ne devait pas mourir. Il ne pouvait pas mourir avant qu’eux-mêmes ne meurent. J’ai donc pensé à l’histoire de Kisagotami et les graines de moutarde[1]. Je les ai invités à regarder la foule des gens affairés à travers la fenêtre qui surplombait l’espace de l’hôpital. « Montrez-moi une personne dans cette foule qui n’ait pas perdu un être cher, une personne aimée qui soit décédée. Je pense que vous devez accepter que les gens meurent. Ils viennent à naître, ils vivent un moment et puis ils s’en vont. Vous ne faites pas un cadeau à votre fils en déniant l’issue de sa maladie. Et vous le faites se sentir coupable de mourir. Ce que vous avez à faire est d’aller le voir, de lui dire que vous l’aimez beaucoup, de le remercier d’avoir été présent à vos côté pendant sa vie, et de lui dire : « Maintenant c’est l’heure pour toi de t’en aller. »


Beaucoup de gens en Occident pensent que la mort est une fin en soi alors qu’ici au Tibet, les gens pensent que c’est le départ vers un nouveau voyage. Ils participent à tout ce qui s’ensuit après la mort d’une personne pour aider ce voyage vers une « bonne » renaissance. Les Tibétains reconnaissent que nous sommes passés par des naissances et des morts tellement de fois et que notre vie présente n’est que la dernière en date, comme une guest house traversée par le voyageur. Le voyageur restera dans la guest house pendant un certain temps et continuera ensuite son voyage vers la prochaine guest house.


[1] Voir Sagesses Bouddhistes n° 4, p. 16 à 19



Cet article est paru dans Sagesses Bouddhistes n°25 (Printemps 2023) .

Traduction : Sagesses Bouddhistes Le Mag

Pour en savoir plus : « How to die happily », vidéo (en anglais) disponible sur meridian-trust.org


 

Jetsunma Tenzin Palmo, née en 1943, est une nonne de la lignée Drukpa de l’école Kagyu du bouddhisme tibétain. Elle est auteure, enseignante et fondatrice de la nonnerie Dongyu Gatsal Ling dans l’Himachal Pradesh, en Inde. Avec une détermination sans faille sur le chemin de l’Éveil, ayant vécu en retrait du monde pendant une douzaine d’années dans un ermitage à plus de 4 000 m d’altitude, Jetsunma Tenzin Palmo a ouvert ensuite une voie sans précédent pour toutes les femmes du bouddhisme tibétain et pour les nonnes himalayennes en particulier.


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